Paiements Afrique-Chine : l’accord Ecobank-CIPS peut-il vraiment doper le commerce en yuan ?

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Le paysage des règlements internationaux entre l’Afrique et la Chine connaît un tournant décisif. Le 10 octobre 2026, à Pékin, le groupe bancaire panafricain Ecobank a franchi une étape majeure en signant un protocole d’accord avec le système chinois de paiements interbancaires transfrontaliers, CIPS. Cette alliance vise à fluidifier les transactions en renminbi — le yuan — entre les entreprises africaines et leurs partenaires chinois. La cérémonie s’est déroulée en marge de la visite officielle du président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé, en présence du ministre togolais des Finances et du Budget, Essowè Georges Barcola. Mais derrière l’annonce, une question cruciale demeure : ce canal de paiement alternatif peut-il réellement transformer les échanges commerciaux du continent avec son premier partenaire ?

Un levier pour simplifier les transactions transfrontalières

Concrètement, l’accord doit élargir les capacités de paiement et de compensation en yuans entre l’Afrique et la Chine. L’objectif affiché est double : simplifier les règlements transfrontaliers et améliorer l’accès des entreprises aux circuits financiers. Ecobank, dont le siège est à Lomé et qui opère dans 34 marchés africains, entend ainsi mieux accompagner les importateurs, les exportateurs et les investisseurs actifs sur le corridor Chine-Afrique.

Pour les opérateurs économiques, les paiements internationaux restent souvent synonymes de délais, de frais bancaires élevés et de multiples conversions de devises. L’usage du yuan ouvre une possibilité supplémentaire pour régler directement certaines opérations commerciales avec la Chine, réduisant la complexité de ces transactions. Il convient toutefois de préciser que cet accord ne signifie pas que tous les paiements entre l’Afrique et la Chine s’effectueront désormais en monnaie chinoise. Il s’agit d’un canal additionnel, dont l’adoption dépendra de la volonté des entreprises et des banques.

Un contexte porteur pour les échanges sino-africains

Ce rapprochement intervient dans un contexte de forte progression des échanges entre la Chine et l’Afrique, qui ont atteint environ 348 milliards de dollars en 2025, selon les données citées par Ecobank. La Chine demeure le premier partenaire commercial du continent. Dans ce cadre, les infrastructures de paiement et de règlement deviennent un enjeu stratégique pour les entreprises qui commercent entre les deux régions.

Ecobank renforce sa présence en Chine

Présent en Chine depuis 2012, Ecobank inaugure de nouveaux bureaux à Pékin. Cette implantation sert de point de contact aux entreprises, institutions financières et investisseurs chinois désireux de développer leurs activités en Afrique. Le groupe s’appuie également sur des équipes dédiées à la clientèle chinoise en Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est, ainsi que sur ses services de financement du commerce, de paiement et de gestion de trésorerie.

Le partenariat avec CIPS s’ajoute à d’autres initiatives d’Ecobank, notamment sa coopération avec Bank of China (Mauritius) et des plateformes de paiement transfrontalier comme XTransfer, YeePay et WorldFirst. Il s’inscrit dans une stratégie visant à mieux relier le réseau bancaire africain du groupe aux entreprises chinoises.

Vers une diversification des moyens de règlement

Cette évolution participe à l’internationalisation du yuan et à la diversification des moyens de règlement. Elle ne signifie toutefois pas que le dollar perd immédiatement sa place dominante dans les échanges mondiaux. Les paiements en yuans constituent un canal supplémentaire, dont l’ampleur dépendra de son adoption par les entreprises et les banques. L’enjeu, pour les opérateurs africains, sera de s’approprier cet outil pour réduire leurs coûts et sécuriser leurs flux financiers avec la Chine.

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