Le Groupe Pastef-Les Patriotes, mené par Ousmane Sonko, a initié une procédure parlementaire pour examiner les irrégularités présumées dans l’attribution et l’exécution des marchés liés au programme « Un Étudiant, Un Ordinateur ». Ce dispositif, lancé en 2017 par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), cumule un engagement financier d’environ 48 milliards de francs CFA sur neuf ans, soit près de six milliards par an. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, pousse pour une investigation approfondie afin de faire la lumière sur ces pratiques controversées.
Selon les éléments recueillis, des manquements graves auraient été commis depuis le lancement de ce programme. Parmi les irrégularités pointées du doigt figurent l’absence d’appels d’offres pour des montants dépassant les seuils légaux, le non-respect des procédures de contrôle a priori par la Direction centrale des marchés publics (DCMP), ainsi que l’absence d’inscription du programme au plan de passation des marchés du MESRI. Pire encore, aucun contrat n’aurait été approuvé par le ministre en charge des Finances, alors que les montants engagés l’exigeaient. Ces violations répétées des articles 6, 29, 53 et 142 du Code des marchés publics du Sénégal soulèvent des questions sur la transparence et la légalité de ces dépenses publiques.
Les investigations menées par le groupe parlementaire révèlent également l’existence d’un fonds de garantie de deux milliards de francs CFA versé à Ecobank, sans que son origine, sa gestion ou son utilisation ne soient clairement documentées. Treize comptes bancaires, au lieu des trois initialement déclarés, auraient été utilisés pour ce programme, avec une dispersion suspecte de 864 millions de francs CFA. Parallèlement, près de 800 ordinateurs, acquis sur fonds publics, seraient toujours entreposés à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, présentant des dysfonctionnements et n’ayant jamais été distribués aux étudiants bénéficiaires.
Des manquements répétés et des victimes collatérales
En 2023, un virement d’1,4 milliard de francs CFA a été effectué pour régler le paiement de 7 055 ordinateurs à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane. Pourtant, aucun contrat officiel ne lie l’État à la société intermédiaire bénéficiaire de ce paiement, ce qui a conduit à une condamnation de l’État à un double paiement d’environ 1,25 milliard de francs CFA. Ces faits illustrent l’ampleur des irrégularités et des pertes financières encourues par le Trésor public.
Face à ces révélations, le Groupe Pastef cible directement les acteurs clés ayant participé à la gestion de ce programme depuis 2017. Les ministres des Finances et de l’Enseignement supérieur, les directeurs généraux, les chefs de service et les collaborateurs des ministères concernés, ainsi que les responsables des institutions comme la DCMP et l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), sont tous concernés par cette enquête. L’objectif est clair : identifier les responsabilités individuelles et collectives pour rétablir l’intégrité des finances publiques.
Une enquête nécessaire pour restaurer la confiance
Au regard des conséquences économiques et sociales potentielles de ces irrégularités, le Groupe Pastef insiste sur la nécessité d’une commission d’enquête parlementaire. Les parlementaires soulignent que ces manquements ne sont pas isolés et pourraient avoir des répercussions durables sur le système éducatif et la gestion des fonds publics. L’enquête vise à garantir que les fonds alloués au programme « Un Étudiant, Un Ordinateur » soient utilisés conformément aux règles en vigueur et que les responsables rendent des comptes.
Cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de transparence et de rigueur budgétaire, alors que le Sénégal cherche à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions et la gestion des ressources publiques.