Nigéria : une spirale de violence aveugle et une détresse humanitaire croissante

Le Nigéria traverse une période de troubles intenses, marquée par des enlèvements d’élèves et des assauts contre des localités entières. Ces actes de violence, touchant aussi bien les églises que les mosquées, ont récemment attiré l’attention de la communauté internationale. La situation a pris un tournant diplomatique majeur lorsque les États-Unis ont mené des frappes aériennes contre des groupes jihadistes à l’occasion de Noël, justifiant cette intervention par la nécessité de protéger les populations chrétiennes.

Si certains cercles politiques à Washington évoquent un « génocide chrétien », les Nations Unies proposent une analyse plus nuancée. Pour l’organisation, ces événements tragiques masquent une réalité plus complexe : une insécurité globale qui alimente l’une des crises humanitaires les plus préoccupantes, mais aussi les plus délaissées, du continent africain.

Une insécurité qui s’étend sur tout le territoire

Initialement concentré dans le nord-est avec l’insurrection de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, le conflit s’est métastasé. Aujourd’hui, plus de deux millions de personnes vivent dans des camps de déplacés, souvent depuis plus d’une décennie. Cette guerre a déjà coûté la vie à plus de 40 000 personnes et dévasté les infrastructures de base comme les écoles et les centres de santé.

Le phénomène s’est propagé au nord-ouest, où le banditisme armé sévit dans les États de Zamfara, Katsina et Sokoto. Parallèlement, la ceinture centrale du Nigéria est le théâtre d’affrontements violents entre agriculteurs et éleveurs pour le contrôle des terres. Au total, environ 3,5 millions de Nigérians ont dû abandonner leur foyer, représentant près de 10 % des déplacés internes en Afrique.

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La thèse du génocide religieux remise en question

Malgré les attaques médiatisées contre des institutions chrétiennes, comme l’enlèvement de fidèles dans l’État de Kaduna ou les menaces pesant sur l’école de Papiri, l’ONU souligne que la violence frappe indistinctement. Mohamed Malik Fall, coordonnateur des agences onusiennes au Nigéria, rappelle que la majorité des victimes de l’insurrection sont musulmanes, souvent ciblées au sein même de leurs mosquées, comme ce fut le cas à Maiduguri lors d’un attentat la veille de Noël.

L’organisation internationale met en garde contre l’utilisation de termes qui pourraient attiser les tensions communautaires. Selon elle, l’insécurité est un fléau qui ignore les barrières religieuses ou ethniques, menaçant la cohésion sociale du pays tout entier.

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Une détresse humanitaire face à un manque de moyens

La situation humanitaire est alarmante : 7,2 millions de personnes nécessitent une aide d’urgence dans le nord-est. L’insécurité alimentaire menace désormais jusqu’à 36 millions de citoyens, et plus de 3,5 millions d’enfants de moins de cinq ans sont exposés à une malnutrition aiguë. Ces carences ont des effets dévastateurs à long terme sur le développement des futures générations.

Pourtant, l’aide internationale s’essouffle. Les financements humanitaires pour le Nigéria ont chuté de manière drastique, passant de près d’un milliard de dollars il y a quelques années à moins de 200 millions attendus pour l’année en cours.

Le défi de l’autonomie pour la première économie d’Afrique

Le Nigéria, puissance économique majeure, doit faire face à ses responsabilités. Contrairement à d’autres nations en crise, le pays dispose de ressources propres. L’objectif des Nations Unies est d’accompagner les autorités fédérales vers une prise en charge autonome de la réponse humanitaire, tout en favorisant l’accès aux opportunités économiques pour les populations sinistrées.