Niger : l’assaut contre l’aéroport de Niamey souligne l’influence russe et la menace de l’État islamique

Au cœur de la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 janvier, l’aéroport international Diori Hamani de Niamey a été la cible d’une offensive violente. Cet acte, rare dans la capitale du Niger, a été revendiqué peu après par l’État islamique au Sahel (EIS) via son canal de propagande habituel, AMAQ. Cette incursion marque une étape symbolique dans l’actualité Sahel, touchant directement le centre névralgique du pouvoir nigérien.

Intervention de l’Africa Corps et bilan des affrontements

L’assaut, qui a duré environ une heure, a été neutralisé par une opération aéroterrestre d’envergure. Selon les chiffres officiels communiqués par les autorités, le bilan fait état de vingt assaillants abattus et onze autres capturés, tandis que quatre militaires nigériens ont été blessés. Un point majeur de cette riposte est l’implication directe de l’Africa Corps. Le ministère russe de la Défense a confirmé que ses unités ont épaulé les troupes locales pour sécuriser le périmètre.

Le général Abdourahamane Tiani, à la tête de la transition, a publiquement loué l’efficacité des instructeurs russes déployés sur la base aérienne 101. Ce secteur stratégique constitue l’un des piliers de la sécurité Sahel et du dispositif militaire du pays.

La propagande de l’EIS et les dégâts matériels

Pour appuyer sa revendication, l’État islamique au Sahel a diffusé une séquence vidéo montrant ses combattants progressant dans l’enceinte militaire de l’aéroport. On y aperçoit des dizaines d’hommes, certains circulant à moto, ouvrant le feu sur des infrastructures et provoquant des incendies dans des hangars. Les images confirment que des moyens aériens de l’armée nigérienne, dont deux avions et un hélicoptère, ont été touchés.

La zone civile n’a pas été épargnée. Des aéronefs commerciaux appartenant aux compagnies Asky et Air Côte d’Ivoire ont subi des dommages. Le ministère de la Défense a également mentionné l’incendie d’un dépôt de munitions, un incident corroboré par des clichés satellites montrant des traces de brûlures à proximité des pistes de Niamey.

Un virage géopolitique et des tensions régionales

Cette attaque survient dans un contexte de recomposition profonde de la politique Mali Burkina Niger. Depuis le changement de régime en juillet 2023, le Niger s’est éloigné de ses partenaires traditionnels comme la France et les États-Unis pour renforcer ses liens avec Moscou. Cette nouvelle orientation suscite des frictions diplomatiques majeures.

Le général Tiani a d’ailleurs accusé la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire de complicité dans cette opération terroriste. Ces allégations ont provoqué une vive réaction à Abidjan et Cotonou, où l’ambassadrice nigérienne a été convoquée. Parallèlement, l’Italie, qui maintient environ 300 soldats via la mission MISIN, a précisé que ses forces n’avaient pas pris part aux combats.

L’aéroport de Niamey, un site aux enjeux multiples

Au-delà du transport civil, ce site est le quartier général de la force conjointe regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Il abrite également des stocks sensibles de concentré d’uranium, autrefois gérés avec le groupe français Orano, et qui pourraient désormais faire l’objet d’accords avec la Russie.

Bien que le trafic aérien ait repris rapidement, cet événement souligne la capacité de nuisance croissante des groupes armés. Pour les observateurs des médias Sahel, cette attaque contre le cœur logistique de la capitale témoigne d’un défi sécuritaire persistant malgré le changement de stratégie militaire et le soutien de nouveaux alliés internationaux.