Niger : la répression s’aggrave un an après le coup d’État militaire
Un an de dérive autoritaire au Niger : l’opposition muselée, les médias sous pression
Un an après le coup d’État militaire qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, les autorités nigériennes intensifient leur répression contre l’opposition politique, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains. Selon un rapport conjoint d’Amnesty International, de Human Rights Watch et de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), les libertés fondamentales au Niger sont aujourd’hui gravement menacées.
Parmi les victimes de cette répression : l’ancien président Mohamed Bazoum, toujours détenu arbitrairement avec sa famille dans le palais présidentiel de Niamey. Plus de 30 responsables du gouvernement renversé, dont d’anciens ministres et proches collaborateurs, ont également été arrêtés sans procès équitable, certains placés au secret avant d’être transférés dans des prisons de haute sécurité. Tous sont accusés d’« atteinte à la sûreté de l’État », une infraction vague souvent instrumentalisée pour étouffer toute dissidence.
Une justice instrumentalisée : l’immunité présidentielle levée dans des conditions contestées
En juin 2024, la Cour d’État du Niger a levé l’immunité présidentielle de Mohamed Bazoum, permettant son inculpation pour des faits remontant à son mandat. Une décision jugée contraire aux normes internationales par les organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une procédure entachée d’irrégularités et un déni de justice flagrant. Pourtant, aucune date de procès n’a été fixée à ce jour.
Les tribunaux militaires, appliquant une justice expéditive, ont déjà inculpé plusieurs civils pour des motifs similaires. Quatre responsables libérés sous caution en avril restent sous la menace d’une condamnation, tandis que d’autres croupissent en détention sans jugement. L’État de droit, pilier de toute démocratie, semble désormais une lointaine utopie au Niger.
Médias étouffés, journalistes traqués : la liberté de la presse en péril
Depuis le coup d’État, la liberté de la presse au Niger a subi un revers sans précédent. Les journalistes sont régulièrement harcelés, arrêtés ou contraints à l’autocensure sous la menace de poursuites. Parmi les cas les plus emblématiques :
- Samira Sabou, blogueuse et journaliste, arrêtée en septembre 2023 pour des articles jugés « subversifs ». Son lieu de détention a été tenu secret pendant une semaine, avant qu’elle ne soit libérée sous contrôle judiciaire, sans procès en vue.
- Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Bazoum, arrêté en avril 2024 pour avoir critiqué la junte sur les réseaux sociaux. Il croupit en détention provisoire, inculpé de « complot contre la sûreté de l’État ».
- Soumana Maiga, directeur de publication du journal L’Enquêteur, arrêté en avril 2024 après avoir relayé des informations sur des écoutes russes présumées dans des bâtiments nigériens. Libéré sous caution en juillet, il attend toujours son procès.
- Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en haoussa, contrainte de fuir le pays après des menaces de la junte et des accusations de « déstabilisation » pour son travail d’information sur les attaques jihadistes dans la région de Tillabéri.
Le ministre de l’Intérieur a également suspendu en janvier 2024 la Maison de la Presse, une organisation indépendante, au profit d’un comité dirigé par un représentant du gouvernement. Une manœuvre perçue comme une tentative de contrôle total sur l’information.
Cybercriminalité : un outil de répression contre les voix dissidentes
En juin 2024, le gouvernement a durci la loi sur la cybercriminalité en rétablissant les peines de prison pour diffamation en ligne. Une mesure qui rappelle les années noires de la répression numérique et risque de museler davantage les défenseurs des droits humains, les activistes et les journalistes. En 2022, cette même loi avait été assouplie sous la pression de la société civile, mais le vent a tourné.
« La modification de cette loi est un recul dangereux », dénonce Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « Elle ouvre la voie à des poursuites abusives contre toute personne exprimant une opinion critique, y compris les défenseurs des droits humains. »
Transparence budgétaire bafouée : l’armée au-dessus des lois
En février 2024, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a signé un décret exemptant les dépenses militaires de tout contrôle public. Une décision qui sape les efforts anticorruption et prive les citoyens de tout moyen de vérifier l’utilisation des fonds alloués à la défense. Pourtant, la transparence budgétaire est essentielle pour garantir l’État de droit et prévenir les abus de pouvoir.
« Sans contrôle démocratique, les dépenses militaires incontrôlées favorisent la corruption et risquent d’alimenter des conflits internes », alerte Ilaria Allegrozzi, chercheuse à Human Rights Watch. « Les autorités nigériennes doivent immédiatement publier les comptes vérifiés de ces dépenses. »
Un appel urgent à la communauté internationale
Le Niger, signataire de la Charte africaine des droits de l’Homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, bafoue aujourd’hui ses engagements internationaux. Les organisations de défense des droits humains exhortent la CEDEAO, l’Union africaine et la communauté internationale à maintenir la pression sur la junte pour :
- Libérer immédiatement Mohamed Bazoum et tous les détenus politiques.
- Rétablir les libertés fondamentales : d’expression, d’opinion et d’association.
- Garantir un procès équitable pour les accusés et mettre fin aux détentions arbitraires.
- Rendre publics les budgets et dépenses militaires.
- Annuler les mesures répressives contre les médias et la société civile.
Un an après le coup d’État, la situation au Niger est alarmante. Entre recul démocratique, répression systématique et opacité des institutions, le pays s’enfonce dans une crise sans précédent. La communauté internationale ne peut rester silencieuse face à cette dérive autoritaire.