Moussa tiangari : le nigérien détenu arbitrairement doit être libéré sans délai
Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (GTDA) a rendu un avis sans ambiguïté le 23 juin 2026 : la détention de Moussa Tiangari, défenseur nigérien des droits humains, est qualifiée d’arbitraire. Une décision qui renforce les appels à sa libération immédiate et inconditionnelle lancés par la société civile.
Un avis onusien accablant pour les autorités nigériennes
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, en collaboration avec des organisations partenaires, salue cet avis historique qui confirme les violations graves des droits fondamentaux subies par Moussa Tiangari. Le GTDA a conclu que sa détention était dépourvue de fondement juridique, entachée de violations répétées de son droit à un procès équitable et motivée par des motifs discriminatoires liés à l’exercice de ses droits fondamentaux.
Dans son rapport, le GTDA a identifié des manquements aux articles 2, 3, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 19, 20 et 21 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ainsi qu’aux articles 2, 9, 14, 16, 19, 21, 22, 25 et 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le Niger est partie. Une condamnation sans appel de la politique répressive menée par les autorités nigériennes.
Un parcours marqué par la répression et l’arbitraire
L’histoire de Moussa Tiangari est celle d’un militant inlassable pour les droits humains, systématiquement ciblé par les autorités. En décembre 2024, alors qu’il revenait d’une réunion à Abuja où il participait à un conseil d’administration, il a été enlevé à son domicile à Niamey avant d’être détenu au secret pendant 48 heures dans des conditions indignes. Placé en garde à vue au Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée (SCLCT/CTO), il a ensuite été inculpé le 3 janvier 2025 pour des chefs d’accusation graves, passibles de la peine de mort.
Ses activités pacifiques de défense des droits humains, notamment son implication dans des conférences critiques sur la déchéance de nationalité décidée par le régime militaire, lui ont valu des accusations infondées de la part d’un journaliste proche des autorités. Pourtant, ces prises de position s’inscrivaient dans le cadre légitime de la défense des libertés fondamentales.
Ce n’est pas la première fois que Moussa Tiangari est victime de harcèlement judiciaire. Depuis 2015, il a été arrêté à plusieurs reprises pour des motifs similaires : atteinte à la défense nationale, organisation de manifestations interdites, ou encore complicité de violences. Chaque fois, ces accusations ont été utilisées pour museler son engagement en faveur de la démocratie et des droits humains.
Un système judiciaire instrumentalisé ?
Malgré un avis clair du GTDA, Moussa Tiangari reste incarcéré à la prison de sécurité de Filingué. Pire encore, le 15 mai 2026, la Cour d’appel de Niamey a rejeté sa demande de libération provisoire, alors que la loi nigérienne limite la détention provisoire à 12 mois renouvelables une fois en matière criminelle. Pourtant, une modification rétroactive du code de procédure pénale, adoptée le 26 juin 2026, a allongé cette durée à 4 ans renouvelables, une manœuvre qui semble destinée à le maintenir en détention.
Ses avocats ont saisi la justice pour contester cette décision, dénonçant une instrumentalisation du système judiciaire visant à étouffer sa voix et celle de tous les défenseurs des droits humains au Niger.
Un appel urgent à la communauté internationale
Les organisations de défense des droits humains exhortent les autorités nigériennes à se conformer sans délai à l’avis du GTDA. Elles réclament :
- La libération immédiate et inconditionnelle de Moussa Tiangari ;
- L’abandon de toutes les charges qui pèsent contre lui ;
- Une enquête indépendante sur les circonstances de sa détention arbitraire et sur les allégations de torture ;
- La sanction des responsables de ces violations ;
- La fin du harcèlement judiciaire contre lui et contre tous les défenseurs des droits humains au Niger.
Dans un contexte marqué par un rétrécissement de l’espace civique depuis le coup d’État du 27 juillet 2023, cette affaire illustre la dérive autoritaire du régime en place. Les droits à la liberté d’expression, d’opinion, d’association et de réunion pacifique sont systématiquement bafoués, tandis que des défenseurs comme Moussa Tiangari paient le prix fort pour leur engagement.
La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, à laquelle le Niger est partie, ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, garantissent pourtant ces libertés. Il est temps que les autorités nigériennes respectent leurs engagements internationaux et mettent fin à cette répression.