Mauvaise récolte d’anacardes en Côte d’Ivoire : le Bounkani en première ligne
En Côte d’Ivoire, le Bounkani confronté à une récolte d’anacardes en forte baisse
Alors que la campagne de commercialisation des noix de cajou bat son plein en Côte d’Ivoire, les producteurs du nord-est, et plus particulièrement ceux du Bounkani, font face à une récolte bien moins abondante que les années précédentes. Une situation inquiétante qui s’explique notamment par un dérèglement des pluies et des méthodes culturales parfois inadaptées.
De retour de Bouna, dans l’est de la Côte d’Ivoire, nos observations confirment une année noire pour les anacardiers. Kouamé Ouattara, un producteur local, témoigne avec amertume : « Il y a trois ans, mes 3 hectares me rapportaient jusqu’à 500 kg par hectare. Aujourd’hui, je peine à récolter deux sacs sur l’ensemble de mes parcelles ». Une chute vertigineuse qui trouve son origine dans un calendrier pluviométrique bouleversé. « Normalement, les pluies devraient être abondantes entre novembre et décembre, favorisant la floraison des anacardiers. Mais cette année, la saison sèche s’est prolongée de façon anormale, privant les arbres d’eau essentielle à leur développement », explique-t-il.
Les conséquences de cette situation dépassent le simple cadre de la production fruitière. Les apiculteurs, souvent présents dans les plantations d’anacarde, subissent également de plein fouet ce manque de pluie. Koffi Ouattara, président de l’association des apiculteurs de Koflangué, constate : « Nous avons produit à peine 30 litres de miel cette année, contre 100 litres en 2025. C’est une véritable catastrophe pour nos exploitations et notre économie locale. »
Des pratiques culturales à réviser pour sauver l’anacarde
Si les aléas climatiques jouent un rôle majeur dans cette crise, les spécialistes pointent également du doigt des pratiques culturales souvent inadaptées. Le Dr Sibirina Soro, enseignant-chercheur à l’université de Daloa et coordinateur du projet national de recherche sur l’anacardier, analyse : « La densité des vergers est un problème récurrent. Certains planteurs ont négligé les recommandations initiales, aboutissant à des plantations surchargées où les arbres s’entravent mutuellement. La densité idéale est de 100 pieds par hectare. »
Pour remédier à cette situation, des campagnes de sensibilisation et de formation sont organisées. Le Dr Soro précise : « Nous formons les producteurs à la lutte contre les insectes nuisibles et insistons sur l’importance d’un suivi rigoureux des vergers. En Côte d’Ivoire, l’agriculture biologique domine dans la culture de l’anacarde, ce qui limite les solutions chimiques pour pallier les pertes. Cette approche, bien que vertueuse, expose davantage les producteurs aux aléas climatiques. »