Mali : offensive conjointe touaregs et djihadistes défie junte et mercenaires russes

Une alliance inattendue plonge le Mali dans une crise sécuritaire sans précédent

Le Mali fait face à une escalade brutale de la violence après une offensive coordonnée menée conjointement par les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les groupes djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Cette attaque, qualifiée d’historique par les analystes, a ciblé sept villes stratégiques dont Bamako, Gao et Kidal, mettant en lumière une coopération tactique rare entre deux mouvements aux objectifs pourtant divergents.

Selon le général Oumar Diarra, chef d’état-major des Forces armées maliennes (FAMA), ces attaques s’inscrivent dans un « plan de déstabilisation systématique » orchestré par des acteurs internes et externes, visant à plonger le pays dans une insécurité permanente. Les assaillants ont employé des stratégies sophistiquées : véhicules piégés, drones kamikazes, engins explosifs improvisés et attaques synchronisées contre des infrastructures critiques comme la résidence présidentielle, le ministère de la Défense et l’aéroport international Modibo Keïta à Bamako.

Une ville stratégique tombée aux mains des insurgés : Kidal

Parmi les zones les plus touchées, Kidal, bastion militaire du nord-ouest, est désormais entièrement sous le contrôle des rebelles. Cette ville, symbole de la résistance touarègue, a été le théâtre de combats intenses où les forces gouvernementales ont dû procéder à un redéploiement stratégique pour éviter l’encerclement. Le général Diarra a confirmé que l’armée maintient une présence dans la région, notamment près de la localité d’Anefis, tout en reconnaissant que la situation reste « particulièrement tendue ».

Les combats ont débuté tôt samedi matin, avec des attaques simultanées revendiquées par le JNIM et le FLA. Ces groupes armés ont revendiqué des attaques contre des positions militaires à Kati, Gao, Sevaré et Bamako, ainsi que contre des institutions clés. Les autorités maliennes ont signalé 16 blessés parmi les civils et les militaires, tout en affirmant que la situation est sous contrôle malgré la gravité des événements.

Le Corps d’Afrique russe face à l’échec : retrait stratégique de Kidal

Le Corps d’Afrique, force paramilitaire russe héritière du groupe Wagner, a annoncé son retrait de Kidal en coordination avec l’armée malienne. Cette décision, présentée comme une évacuation tactique, intervient après des pertes significatives et une incapacité à contrer l’avancée des insurgés. Les mercenaires russes ont affirmé avoir joué un rôle clé dans la neutralisation de plus de 1 000 djihadistes et la destruction de plus de 100 véhicules, tout en prétendant avoir évité un scénario à la syrienne au Mali.

Cependant, des sources locales rapportent des combattants blessés en cours d’évacuation et des unités contraintes de battre en retraite vers des positions plus sûres. Les forces russes ont également reconnu des pertes dans leurs rangs, notamment lors d’affrontements impliquant des véhicules blindés, des drones FPV et des mortiers, avec un soutien présumé d’instructeurs ukrainiens selon le JNIM.

Un bilan humain lourd : la chute d’un pilier de la junte

Le ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale de la transition militaire, a été tué lors d’un attentat-suicide à Kati, près de Bamako. Sa résidence a été ciblée par une voiture piégée, faisant également plusieurs victimes civiles, dont deux de ses enfants et une mosquée voisine. Ce décès, confirmé par le gouvernement de transition, représente un coup dur pour la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta, qui a lui-même été évacué vers un lieu sûr.

D’autres hauts responsables ont été touchés : Modibo Koné, chef de l’Agence nationale de sûreté de l’État, a été grièvement blessé, tandis qu’un membre de la junte a également subi des blessures par balle. Ces pertes illustrent l’ampleur de la crise politique provoquée par cette offensive, qui pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein du régime.

Une alliance tactique aux racines profondes

Cette coordination entre Touaregs et djihadistes, bien que surprenante, n’est pas nouvelle. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), né en 2024 de la fusion de plusieurs groupes touaregs, a officiellement rompu les accords d’Alger de 2015, mettant fin à une trêve fragile. Les deux mouvements, aux objectifs distincts – autonomie pour les Touaregs versus instaurer un État islamique pour les djihadistes –, ont trouvé un terrain d’entente face à un ennemi commun : la junte militaire et ses alliés russes.

Leur collaboration s’est intensifiée depuis 2023, avec des signes concrets comme la bataille de Tinzaouaten en juillet 2024, où une coalition touarègue et djihadiste a infligé une défaite majeure aux mercenaires russes, faisant entre 20 et 80 morts. Selon des analystes, cette coordination pourrait avoir bénéficié du soutien du GUR ukrainien, dont le porte-parole Andriy Youssov a reconnu avoir fourni des informations aux rebelles lors de l’embuscade.

Le Mali a réagi en rompant ses relations diplomatiques avec l’Ukraine, accusant Kiev d’ouvrir un « second front » pour affaiblir la Russie en Afrique. Kiev dément ces allégations, qualifiant les accusations de « sans fondement ».

Conséquences et perspectives : vers une guerre prolongée ?

Cette offensive marque un tournant dans le conflit malien, révélant la vulnérabilité de la junte face à une alliance inattendue. Les autorités ont instauré un couvre-feu de 72 heures à Bamako et fermé l’aéroport international, tandis que des opérations de ratissage se poursuivent pour « neutraliser les poches de résistance ».

Les experts s’interrogent sur l’avenir de la transition militaire au Mali, d’autant plus que des rumeurs évoquent une possible implication de mercenaires ukrainiens aux côtés des insurgés. Avec un front s’étendant sur plus de 2 000 kilomètres et des pertes humaines et matérielles importantes, le pays pourrait sombrer dans une guerre asymétrique prolongée, où les alliances tactiques redéfinissent constamment le paysage géopolitique de la région.