Une sécurité illusoire au prix d’exactions généralisées
La junte malienne, dans sa quête affichée de reconquête territoriale, a fait le choix d’une stratégie où la fin justifie les moyens. Pourtant, les résultats sont sans appel : des milliers de civils paient le prix fort d’une guerre menée sans respect des règles humanitaires les plus élémentaires. Entre les mains des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs alliés, les opérations antiterroristes se transforment en une spirale de violences, où les populations deviennent les premières victimes d’un pouvoir qui oublie que la sécurité ne se construit pas dans l’impunité.
Le droit international piétiné, un héritage trahi
Le Mali, signataire des Conventions de Genève depuis 1965 et des Protocoles additionnels de 1989, s’est engagé à respecter des principes clairs : protection des civils, interdiction des traitements inhumains et distinction entre combattants et non-combattants. Pourtant, sur le terrain, ces obligations ne sont plus qu’une façade. Les ordres militaires, souvent transmis oralement, contournent systématiquement ces cadres juridiques, laissant place à des pratiques où la brutalité remplace la stratégie.
Un bilan humain accablant et des preuves accablantes
Les rapports des organisations de défense des droits humains, parmi lesquels ceux d’Amnesty International et de Human Rights Watch, révèlent l’ampleur des exactions commises depuis 2023. Exécutions sommaires, tortures, disparitions forcées et destructions de villages entiers : le bilan est accablant. Les communautés peules, en particulier, subissent une pression insoutenable, prises en étau entre la terreur des groupes armés et la répression aveugle des forces de l’État. Les méthodes utilisées, allant jusqu’aux simulacres de noyade ou aux décharges électriques, s’apparentent à des crimes de guerre.
L’opacité post-MINUSMA : une impunité garantie
Le départ forcé de la MINUSMA en décembre 2023 n’a pas seulement marqué la fin d’une mission d’observation internationale : il a aussi sonné le glas des mécanismes de contrôle. Sans présence d’observateurs indépendants sur le terrain, les forces maliennes et leurs alliés ont gagné une liberté totale pour agir en toute impunité. Les chiffres des violations des droits humains ont d’ailleurs explosé dès l’année suivante, confirmant que l’absence de surveillance a encouragé les exactions.
La justice en voie de disparition
Face à cette situation, les recours légaux se font de plus en plus rares. Le retrait annoncé de la Cour pénale internationale (CPI) par les autorités maliennes, couplé à l’étouffement de la justice nationale sous influence politique, a fermé les portes de la reddition des comptes. Les organisations régionales, comme l’Union africaine ou la CEDEAO, restent étrangement silencieuses, se contentant de déclarations formelles ou de positions trop tièdes pour peser sur les décisions de Bamako.
Une stratégie qui nourrit le terrorisme au lieu de l’éradiquer
Le pouvoir militaire malien semble avoir oublié une vérité fondamentale : une politique de sécurité qui bafoue les droits humains est une politique qui s’autodétruit. En répondant à la violence par la violence, et en sacrifiant les civils sur l’autel d’une « reconquête » sans limites, la junte alimente le ressentiment des populations et facilite le recrutement des groupes armés. Les exactions répétées ne réduisent pas l’insurrection : elles en font une cause et un outil de mobilisation pour les groupes jihadistes.
La légitimité de l’État en jeu
Un État qui oublie de protéger ses propres citoyens perd sa raison d’être. En privilégiant la répression aveugle au détriment des principes démocratiques et humanitaires, la junte malienne risque de s’isoler définitivement. Les populations, déjà fragilisées, voient leur confiance dans les institutions s’effriter. Sans justice, sans accountability et sans respect des droits fondamentaux, le Mali risque de devenir un État fantôme, où le pouvoir se maintient par la force plutôt que par l’adhésion de son peuple.