Les attaques des 25 et 26 avril 2026 au Mali ont marqué un tournant dans la répression des voix dissidentes. Plusieurs personnalités politiques et défenseur·es des droits humains ont été enlevé·es par des individus armés et encagoulés, circulant dans des véhicules non immatriculés. Parmi les victimes figurent Me Mountaga Tall, avocat engagé pour la démocratie, Moussa Djiré dit Abba, président du mouvement Yiriba 223, et Youssouf Daba Diawara, ancien membre de la Coordination des mouvements de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS). Leurs lieux de détention et leur sort restent inconnus à ce jour.
Ces enlèvements rappellent les méthodes attribuées à l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE), déjà mise en cause pour des disparitions forcées depuis 2021. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte pour éclaircir ces affaires.
Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, dénonce une « escalade dans la répression des opinions critiques » et exige des autorités qu’elles « révèlent sans délai le sort des personnes enlevées, garantissent leur sécurité et lancent des enquêtes indépendantes ». Il rappelle que « la lutte antiterroriste ne peut servir de prétexte à l’atteinte aux droits fondamentaux ».
La FIDH s’inquiète de l’escalade des appels à la violence et des discours de haine, notamment sur les réseaux sociaux, émanant d’activistes proches du pouvoir militaire. Des défenseur·es des droits humains en exil, des journalistes et leurs familles subissent des menaces de mort, des campagnes de diffamation et des pressions pour leur retirer la nationalité malienne.
Lors des obsèques du général Sadio Camara, ministre de la Défense tué lors des attaques d’avril, Aboubacar Sidiki Fomba, membre du Conseil national de transition (CNT), a publiquement appelé à « éliminer » et à « déchoir de leur nationalité » les détracteurs vivant à l’étranger. Malgré un communiqué du procureur condamnant ces appels, aucune poursuite n’a été engagée contre leurs auteur·es.
Ces dérives s’inscrivent dans un contexte de restriction croissante de l’espace civique depuis les coups d’État de 2020 et 2021. Les partis politiques ont été dissous en mai 2025, en violation flagrante de la Constitution malienne.
Les attaques des 25 et 26 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), ont causé de nombreuses victimes civiles et militaires. La FIDH condamne sans réserve ces exactions, ainsi que les violations du droit international humanitaire perpétrées par ces groupes. Elle dénonce également les attaques menées par des membres présumés du JNIM contre des civils dans les villages de Kori-kori et Gomossogou (région de Bandiagara) le 6 mai. L’organisation réitère son appel à toutes les parties au conflit pour un respect strict des droits humains et du droit international humanitaire.
La FIDH exige des autorités maliennes qu’elles mettent fin immédiatement aux disparitions forcées, aux détentions arbitraires et aux intimidations envers les voix critiques. Elle demande l’ouverture d’enquêtes impartiales sur les appels publics à la violence et les menaces de mort propagées en ligne.