Mali : alerte de l’ONU sur la montée de l’autoritarisme et la répression
Le Mali traverse une période critique marquée par un renforcement significatif des tendances autoritaires et une escalade de la répression depuis le coup d’État de 2020. Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits humains de l’ONU, a récemment alerté sur la dégradation accélérée de la situation politique, où les libertés fondamentales s’amenuisent au profit d’un pouvoir de plus en plus centralisé.
Un pouvoir concentré et des élections reportées indéfiniment
Depuis le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta a mis en place une série de réformes juridiques et constitutionnelles visant à consolider son emprise sur le pouvoir. Ces mesures, incluant la suspension prolongée des élections et la dissolution des partis politiques, ont été dénoncées par Volker Türk comme une violation flagrante du droit des Maliens à participer à la vie démocratique. « Le Mali risque de s’enliser dans une impasse politique durable, sans possibilité de retour à un régime civil », a-t-il déclaré, soulignant que ces changements rendent toute élection présidentielle impossible dans un avenir proche.
Le 8 juillet 2025, une loi controversée a été adoptée, autorisant le général Goïta à prolonger son mandat « autant que nécessaire » jusqu’à ce que la situation sécuritaire s’améliore. Cette décision fait suite à un décret présidentiel, pris deux mois plus tôt, dissolvant l’ensemble des formations politiques du pays. Pour l’ONU, ces actions constituent une entrave majeure aux droits fondamentaux des citoyens, notamment leur droit de vote et d’éligibilité.
Une répression systématique contre l’opposition et la société civile
La concentration du pouvoir s’accompagne d’une répression accrue envers les voix dissidentes. Moussa Mara, ancien Premier ministre et figure de l’opposition, en est un exemple frappant. Arrêté début août 2025 pour « atteinte à la crédibilité de l’État » et « opposition à l’autorité légitime », il a été incarcéré après avoir exprimé publiquement sa solidarité avec des détenus politiques. Volker Türk a dénoncé l’utilisation abusive de la justice pour museler les opposants, soulignant une hausse alarmante des arrestations arbitraires visant des Maliens de tous horizons.
Le Haut-Commissaire aux droits humains a également mis en garde contre une instrumentalisation des lois pour étouffer toute critique, rappelant que la liberté d’expression est un pilier essentiel de toute démocratie. Les arrestations, souvent basées sur des chefs d’accusation flous, visent à instaurer un climat de peur parmi la population et les acteurs politiques.
Violences et abus : un cercle vicieux au cœur du Mali
Le Mali reste également en proie à des attaques djihadistes perpétrées par des groupes terroristes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Ces violences, qui sévissent à la frontière du Burkina Faso et du Niger, servent de prétexte à des opérations militaires menées par l’armée malienne et les mercenaires de l’Africa Corps, une entité succédant au groupe Wagner.
Cependant, ces interventions armées ne ciblent pas uniquement les groupes terroristes : les populations civiles paient un lourd tribut. Selon les rapports de l’ONU, depuis avril 2025, des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements ont été recensées. Ces exactions, commises par toutes les parties au conflit, aggravent une situation humanitaire déjà précaire.
Pour Volker Türk, ces éléments combinés – suspension des élections, répression généralisée et violences persistantes – risquent de plonger le Mali dans un cycle sans issue, où l’instabilité politique et la crise sécuritaire s’alimentent mutuellement. La communauté internationale est appelée à agir urgemment pour rétablir les droits fondamentaux et relancer un processus démocratique crédible.