Le PDS choisit le camp de Diomaye Faye pour s’opposer à Ousmane Sonko

Au Sénégal, une nouvelle ligne de fracture apparaît au sein de la classe politique. Le Parti démocratique sénégalais (PDS) a officiellement pris position en appelant ses partisans à rejeter par référendum le projet de révision constitutionnelle en cours.

Le président Bassirou Diomaye Faye a pris l’initiative d’organiser cette consultation populaire. L’objectif est de permettre aux citoyens de trancher sur la promulgation d’une loi qui divise profondément le pays. Ce texte, qui a déjà reçu l’aval d’une majorité de députés, a été impulsé par le Pastef d’Ousmane Sonko. Il vise principalement à accroître les prérogatives du Parlement tout en réduisant l’influence du chef de l’État.

En se rangeant du côté du président, le PDS exhorte sa base à voter contre cette réforme. Ce ralliement de la formation d’Abdoulaye Wade au profit de Bassirou Diomaye Faye s’inscrit dans une logique politique plus profonde qu’il n’y paraît au premier abord.

Nigeria Abuja 2025 | Le président Bassirou Diomaye Faye au sommet de la Cédéao (archive)

Une relation fluctuante avec le Pastef depuis 2022

Les liens entre le PDS et le parti d’Ousmane Sonko ne datent pas d’hier. Lors des élections législatives de juillet 2022, les deux formations s’étaient alliées pour faire front commun contre la coalition de Macky Sall. Cette stratégie s’était poursuivie jusqu’à la présidentielle de mars 2024, où le PDS avait soutenu le binôme Ousmane Sonko–Bassirou Diomaye Faye après l’invalidation de la candidature de Karim Wade.

Ce soutien crucial avait permis à Bassirou Diomaye Faye de consolider son assise électorale. Officiellement, le PDS invoquait la préservation de la démocratie pour justifier ce choix face à Amadou Ba. Cependant, des motivations plus pragmatiques animaient le parti : la volonté de sanctionner le camp de Macky Sall, tenu pour responsable de l’éviction de Karim Wade, et l’espoir pour ce dernier de retrouver un rôle politique de premier plan.

Hamadou Tidiane Sy

Des trajectoires divergentes au pouvoir

Malgré cette collaboration électorale, aucune alliance de gouvernement n’a vu le jour. Après l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, le PDS est resté à l’écart de l’exécutif, préférant conserver sa liberté d’action vis-à-vis du Pastef. Cette distance montre que le rapprochement initial était davantage un calcul d’opportunité qu’une réelle fusion de visions politiques.

Le PDS semble aujourd’hui chercher à regagner du terrain après une période de déclin politique. En se rapprochant du sommet de l’État, le parti tente de redevenir un acteur incontournable. Ce repositionnement s’est d’ailleurs illustré lors des législatives de fin 2024, où le PDS n’a pas hésité à s’allier avec l’APR de Macky Sall, son rival historique, pour contrer la montée en puissance du Pastef.

Senegal Dakar 2024 | Ousmane Sonko à l'Assemblée nationale lorsqu'il était encore Premier ministre

Faire bloc contre les ambitions d’Ousmane Sonko

Le débat actuel sur les réformes institutionnelles cristallise les tensions. Le PDS soutient la décision présidentielle de recourir au référendum, mais s’oppose farouchement au contenu des réformes portées par Ousmane Sonko. Dans une déclaration officielle, le parti appelle à faire barrage à ce qu’il qualifie de dérive personnelle.

Pour la formation libérale, ces modifications constitutionnelles ne serviraient que les intérêts du leader du Pastef, au détriment de l’équilibre républicain. Ce sentiment semble partagé par une large partie de l’opposition sénégalaise. Si ces forces politiques ne se rallient pas formellement au président Diomaye Faye, elles s’unissent de fait pour contrer l’influence d’Ousmane Sonko, dont le discours est jugé de plus en plus radical et exclusif.

Un soutien présidentiel avant tout tactique

Ce rapprochement avec le chef de l’État reste toutefois circonstanciel. Les opposants à la réforme ne deviennent pas pour autant des partisans inconditionnels de Bassirou Diomaye Faye. Ils dénoncent surtout une manœuvre visant à concentrer les leviers du pouvoir au sein de l’Assemblée nationale.

Néanmoins, cette situation pourrait offrir au président l’opportunité de diversifier ses soutiens. Alors que des signes de rupture apparaissent avec une frange du Pastef, Bassirou Diomaye Faye pourrait s’appuyer sur sa propre coalition pour préparer l’avenir. Dans ce contexte de reconfiguration permanente, le dialogue et la recherche de consensus redeviennent des enjeux majeurs pour la stabilité de la démocratie au Sénégal.