Le Gabon face au défi de sa dette publique record en 2025

En 2025, la dette publique du Gabon devrait atteindre un montant sans précédent d’environ 15 milliards de dollars, marquant un seuil historique pour l’économie au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette progression, qui intervient après une période de fortes tensions de trésorerie et une dépendance accrue aux marchés financiers régionaux, confirme une tendance à la hausse observée depuis plusieurs années. Libreville se trouve ainsi confrontée à la nécessité d’opérer des choix budgétaires de plus en plus complexes, dans un contexte où les revenus pétroliers restent le pilier fondamental de l’équilibre des finances publiques gabonaises.

Une trajectoire d’endettement qui soulève des questions de soutenabilité

Rapportée à la richesse nationale, cette dette se rapproche désormais de la limite communautaire de 70 % du produit intérieur brut (PIB) fixée par la CEMAC. Le Gabon, cinquième puissance économique de la sous-région, avait pourtant bâti sa réputation sur une gestion macroéconomique prudente durant les années 2000. Ce tableau a radicalement changé sous l’effet conjugué de la chute des cours du pétrole en 2014, de la crise sanitaire mondiale, puis de l’augmentation du service de la dette intérieure, détenue par les banques locales et via le marché des titres publics de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

Le stock de dette actuel combine une composante externe, toujours prépondérante et principalement liée aux eurobonds émis entre 2013 et 2020, et une dette domestique dont le poids ne cesse de croître. Les émissions régulières de bons et obligations du Trésor sur le marché sous-régional ont permis de financer les besoins courants, mais au prix de taux d’intérêt qui exercent une pression considérable sur le budget de fonctionnement de l’État. Chaque nouvelle levée de fonds contribue ainsi à alourdir le coût moyen global du portefeuille de la dette.

Les ajustements délicats de la transition sous Oligui Nguema

Depuis son accession au pouvoir en août 2023, le général Brice Clotaire Oligui Nguema a clairement positionné la restauration des équilibres budgétaires comme une priorité de son programme économique. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) a initié plusieurs audits de la dette, ciblant notamment les arriérés de paiements intérieurs dus aux fournisseurs de l’État et aux collectivités locales. L’objectif est d’identifier les créances potentiellement litigieuses et de rééchelonner celles qui sont avérées, afin de libérer des marges de manœuvre financières pour l’investissement public.

Cependant, cet effort est contraint par un calendrier de remboursements serré. Le pays doit honorer plusieurs échéances d’eurobonds dans les années à venir, dont un titre libellé en dollars arrivant à maturité, dont le refinancement représente déjà un défi majeur. Libreville a tenté une approche sur le marché international en 2024 avec une opération de gestion de passif partiellement adossée à un mécanisme de conversion dette-nature, sans pour autant apporter une solution définitive au problème de fond. La restauration de la crédibilité auprès des investisseurs internationaux dépendra d’une visibilité claire sur la loi de finances et de la reprise d’un dialogue formel avec le Fonds monétaire international (FMI).

Pétrole, manganèse et bois : les moteurs de croissance

La capacité du Gabon à gérer ce fardeau financier est intrinsèquement liée à la performance de ses secteurs exportateurs clés. Le pétrole demeure le pilier des recettes budgétaires, avec une production oscillant autour de 200 000 barils par jour, bien qu’en léger déclin structurel. Le manganèse, pour lequel Libreville est un acteur mondial majeur via la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe français Eramet, apporte une contribution grandissante, stimulée par la demande asiatique. La filière du bois transformé, ancrée autour de la zone économique spéciale de Nkok, complète ce triptyque essentiel.

Parallèlement, les autorités misent sur l’accélération des projets d’infrastructures routières et énergétiques pour dynamiser la croissance hors pétrole. Des chantiers emblématiques comme la Transgabonaise, ainsi que plusieurs partenariats dans le domaine de l’hydroélectricité, sont censés propulser l’activité économique au-delà de 3 % en rythme annuel. Cette croissance est une condition sine qua non pour stabiliser le ratio dette/PIB. Sans un tel élan, le Gabon risquerait de voir sa notation souveraine se dégrader davantage, après plusieurs abaissements successifs par les agences internationales ces dernières années.

La feuille de route budgétaire pour 2026 devra donc impérativement concilier une stricte discipline des dépenses, une mobilisation accrue des recettes non fiscales et une renégociation ciblée de l’encours de la dette. Cet équilibre, bien que complexe, sera déterminant pour asseoir la crédibilité du pays sur les marchés financiers régionaux et internationaux.