La quête de souveraineté du Mali : nouveaux partenariats et limites de la stabilisation
Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la direction malienne a repositionné le pays comme un acteur souverain au sein d’un échiquier géopolitique en mutation. En s’éloignant des partenaires occidentaux traditionnels pour se rapprocher de nouvelles puissances comme la Russie et les Émirats arabes unis, Bamako tente de reconquérir son autonomie nationale. Cependant, cette approche révèle les failles des partenariats transactionnels dans les États fragiles. Malgré une diversification des alliances, l’insécurité persiste, l’économie stagne et la gouvernance s’affaiblit. En parallèle, le Mali se retrouve au cœur de rivalités mondiales, de l’Ukraine au Moyen-Orient, ce qui accentue les pressions extérieures sans garantir la stabilité.
Le tournant politique sous Assimi Goïta
Sous l’impulsion d’Assimi Goïta, la trajectoire politique du Mali est devenue de plus en plus incertaine. Le discours souverainiste du régime, axé sur l’indépendance nationale et le rejet de l’ingérence étrangère, a trouvé un écho favorable auprès d’une population lassée par des années d’insécurité et d’échecs de gouvernance. Ce sentiment de rejet s’est particulièrement cristallisé contre la France.
Tout en se présentant comme le protecteur de la souveraineté nationale, Assimi Goïta a orchestré un basculement des partenariats extérieurs. Ce réalignement a entraîné une rupture avec les alliés occidentaux et une refonte des relations diplomatiques, marquée par un renforcement des liens avec la Russie et l’expulsion de la MINUSMA. Cette stratégie de post-alignement souverainiste transactionnel permet au régime de naviguer entre différents acteurs pour assurer sa propre sécurité et renforcer sa légitimité interne dans un contexte d’autorité contestée.
Pour consolider son assise, le pouvoir a promis de lutter contre la corruption, mais les améliorations tangibles restent invisibles. Le gouvernement de transition a reporté les élections à plusieurs reprises, évoquant des contraintes techniques, et a même envisagé de prolonger le mandat présidentiel jusqu’en 2030. En mai 2025, le gouvernement a franchi une étape supplémentaire en dissolvant les partis politiques au nom de l’ordre public.
Un développement économique en berne
Malgré la rhétorique officielle, le régime peine à fournir les services essentiels, tels que la justice et les infrastructures, particulièrement dans les zones rurales. La croissance économique reste concentrée dans les pôles urbains, aggravant les disparités socio-économiques. L’écart de revenus entre les villes et les campagnes est estimé à 5,5 %, contre 2,7 % en Inde.
Le Mali occupe d’ailleurs le 188e rang sur 193 pays au classement de l’indice de développement humain des Nations Unies, restant dans la catégorie des pays à développement humain faible. La corruption continue de freiner les progrès, tandis que les signes d’enrichissement des élites renforcent le sentiment d’injustice sociale.
Incertitudes sécuritaires et influences étrangères
L’instabilité sécuritaire demeure préoccupante et favorise l’expansion des groupes terroristes. Des organisations comme le JNIM et l’État islamique au Sahel exploitent les griefs locaux pour recruter parmi une jeunesse désabusée. Malgré les promesses de neutraliser le terrorisme, les attaques et les embuscades continuent de frapper le pays.