La junte du Burkina Faso rejette la démocratie : ce que dit le capitaine traoré
La junte du Burkina Faso rejette la démocratie : ce que dit le capitaine Traoré
Au Burkina Faso, le chef de la junte militaire au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré, a clairement indiqué que le peuple burkinabè devait renoncer à l’idée même de démocratie. Cette déclaration, faite lors d’un entretien télévisé diffusé le 2 avril, marque une nouvelle étape dans la consolidation du pouvoir par les autorités actuelles.
Un coup d’État en 2022 et une transition politique annulée
Ibrahim Traoré a pris le pouvoir en septembre 2022 par un coup d’État, le deuxième en moins d’un an après celui de janvier 2022. À l’origine, la transition devait s’achever en juillet 2024 par des élections libres. Cependant, la junte a adopté une charte permettant de prolonger son mandat de cinq ans supplémentaires à partir de cette date.
Cette charte autorise également le capitaine Traoré à se présenter aux prochaines élections présidentielle, législatives et municipales, prévues après cette période prolongée. Pourtant, les Burkinabè doivent désormais « oublier » toute référence à la démocratie, selon les propos du chef de la junte.
« La démocratie, ce n’est pas pour nous » : les déclarations choc du capitaine Traoré
Lors de son entretien, Ibrahim Traoré a affirmé : « On ne parle même pas d’élections pour l’instant (…) il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie ce n’est pas pour nous ». Il a ajouté : « Nous ne sommes pas dans une démocratie », une position qu’il avait déjà défendue publiquement en 2023.
Cette prise de parole s’inscrit dans un contexte où la junte a déjà pris des mesures radicales : dissolution en octobre 2025 de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), puis interdiction en février 2025 de tous les partis politiques, dont les activités étaient déjà gelées depuis plusieurs mois.
Une répression des médias internationaux et une justice en marche
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime militaire s’est distingué par son hostilité envers les pays occidentaux, en particulier la France. Plusieurs médias internationaux ont vu leur diffusion suspendue ou interdite, et certains journalistes ont été expulsés du pays.
Le capitaine Traoré a également évoqué le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, arrivé au pouvoir lors du putsch de janvier 2022. Ce dernier est accusé d’être impliqué dans plusieurs tentatives de coup d’État et est poursuivi pour corruption. Récemment extradé depuis le Togo à la demande du Burkina Faso, il est désormais entre les mains de la justice burkinabè.
« Un juge l’a déjà rencontré (…) il est entre les mains de la justice »
Le Burkina Faso est en proie depuis près de dix ans à une insécurité croissante, marquée par les attaques de groupes jihadistes qui ont causé des milliers de morts.
Des accusations de violations des droits humains et une alliance avec la Russie
Des ONG accusent l’armée burkinabè et ses supplétifs, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), de commettre des exactions contre des civils. Le capitaine Traoré a démenti ces allégations, déclarant qu’« il n’y a pas de preuves » de ces actes.
Concernant l’appui militaire, Ibrahim Traoré a précisé que la Russie, son principal allié, fournissait du matériel, mais que « personne ne forme l’armée burkinabè ». Sur le terrain, ce sont donc les soldats burkinabè qui assurent seuls les combats contre les groupes armés.
Une situation sécuritaire toujours plus préoccupante
Le Burkina Faso fait face à une crise sécuritaire majeure, avec une montée des violences jihadistes depuis 2015. Malgré les alliances régionales et internationales, le pays peine à stabiliser la situation. Les autorités militaires, en place depuis plus de deux ans, semblent désormais s’orienter vers une gestion autoritaire du pouvoir, au mépris des principes démocratiques.