Depuis 2011, année marquant le retour à une stabilité politique, la Côte d’Ivoire s’est distinguée comme l’une des économies les plus dynamiques du continent africain. Le pays aspire désormais à une croissance à la fois plus inclusive et plus durable. C’est dans cette optique que Adama Coulibaly, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, a présenté, le 28 mai 2026, une « stratégie nationale de taxation des émissions de carbone ».
Émissions en croissance, intensité carbone en déclin
Sous l’impulsion de sa forte croissance économique, la Côte d’Ivoire a vu ses émissions de gaz à effet de serre doubler entre 2011 et 2024, passant de 9 à 18,8 millions de tonnes. Adama Coulibaly a précisé que cette augmentation était principalement due à la dépendance aux combustibles fossiles, à l’expansion des transports, à l’industrialisation croissante et aux activités agricoles.
Parallèlement, le Produit Intérieur Brut (PIB) a progressé à un rythme encore plus soutenu durant la même période, bondissant de 35 à près de 87 milliards de dollars. Cette évolution positive a entraîné une diminution de l’intensité carbone de l’économie ivoirienne, démontrant que le pays est déjà engagé sur la voie de la transition énergétique. Les émissions par habitant restent d’ailleurs très faibles à l’échelle mondiale : seulement 0,65 tonne par an, en comparaison avec environ 5 tonnes en France, 8 tonnes en Chine et plus de 13 tonnes aux États-Unis.
L’engagement d’Abidjan pour une décarbonation accélérée
Malgré ces chiffres, le gouvernement ivoirien est déterminé à ce que la Côte d’Ivoire contribue pleinement à l’effort climatique planétaire. Les répercussions du changement climatique, telles que l’élévation des températures, les perturbations des régimes pluviométriques et la multiplication des événements environnementaux extrêmes, affectent déjà de nombreux secteurs, en particulier l’agriculture, qui fait vivre près de la moitié de la population.
La Côte d’Ivoire s’est donc fixé l’objectif ambitieux de réduire drastiquement son empreinte carbone d’ici 2035, tout en maintenant une croissance économique annuelle supérieure à 7 %. Sa troisième Contribution Déterminée au Niveau National (CDN), publiée en 2025, prévoit une diminution des émissions de gaz à effet de serre de 33 % grâce à ses propres ressources, et jusqu’à 74 % avec des financements et un soutien international.
Mise en œuvre progressive de la taxe carbone
La taxe carbone sera un levier essentiel de cette trajectoire de décarbonation. Son déploiement s’effectuera en trois étapes. Entre 2026 et 2027, le gouvernement établira le cadre juridique et technique nécessaire, avant une entrée en vigueur à un taux modéré durant la période 2028-2029. Le niveau de la taxe sera ensuite relevé progressivement jusqu’en 2035, suivi d’une phase d’évaluation et d’ajustement.
Cette future taxation ciblera principalement la consommation d’énergies fossiles, à l’exception du gaz butane. En rendant ces combustibles plus onéreux, elle vise à décourager leur utilisation. Les projections gouvernementales estiment qu’un taux de 50 euros par tonne de CO₂ pourrait entraîner une réduction des émissions nationales de 1,2 million de tonnes, ce qui représente 6 % du niveau de 2024.
Le ministère reconnaît toutefois que cette mesure pourrait engendrer des conséquences économiques négatives à court terme. Il anticipe notamment une possible augmentation du prix des carburants et un impact sur la croissance durant les premières années de mise en œuvre de la taxe.
Un instrument au service de la transition, de l’emploi et des populations vulnérables
Les revenus générés par la taxe sont destinés à compenser ces effets indésirables, notamment en accélérant la décarbonation des usages. Ces fonds financeront en priorité l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire. Une part des recettes subventionnera l’acquisition de cuisinières électriques ou à gaz, afin de réduire la dépendance au charbon de bois. La taxe soutiendra également l’essor des véhicules électriques par des avantages fiscaux, des exonérations ciblées et le déploiement d’infrastructures de recharge.
Le gouvernement s’engage par ailleurs à limiter l’impact de cette réforme sur les ménages les plus précaires. Une fraction de ces recettes sera directement redistribuée aux populations les plus modestes. Ces fonds contribueront également à la création d’emplois verts et à la mise en place de programmes de reconversion pour les secteurs potentiellement affectés par la transition écologique. La taxe carbone s’aligne ainsi sur la priorité du Plan National de Développement (PND) 2026-2030 : harmoniser croissance économique, justice sociale et protection de l’environnement, une politique de développement durable pour la Côte d’Ivoire.