Kribi : comment le port qui a tout changé façonne l’économie camerounaise après 15 ans ?

Le port de Kribi, un tournant pour l’économie camerounaise
Quinze ans après son inauguration, le port de Kribi incarne désormais bien plus qu’une simple infrastructure : il symbolise une révolution économique pour le Cameroun. Autrefois simple village de pêcheurs isolé, Mboro s’est métamorphosé en un pôle industriel et logistique incontournable, redessinant durablement le paysage économique du pays. Mais comment ce projet ambitieux a-t-il pu bouleverser tant de vies et d’activités ?
D’un village de pêcheurs à une ville moderne : la métamorphose de Kribi
En 2011, lorsque Gu Gaobai, aujourd’hui directeur général des projets de la CHEC au Cameroun, foulait le sol de Kribi, il ne reconnaissait pas le site. « Nous avancions péniblement sur des pistes de terre, et le seul point de repère était une plage de sable bordée de récifs », raconte-t-il. Quinze ans plus tard, le paysage est méconnaissable : des routes à chaussées séparées ont remplacé les pistes étroites, des lampadaires éclairent désormais les rues, et des immeubles, des centres commerciaux ainsi que des équipements publics ont envahi l’horizon.
Pour Jean-Kalvin Assembe, habitant de Kribi depuis des décennies, ces changements sont bien plus qu’une simple évolution urbaine. « Je suis enfin heureux et épanoui dans cette ville », confie-t-il. Les rues autrefois obscures sont désormais éclairées, et les petits commerces de quartier prospèrent grâce à l’afflux de travailleurs et d’entreprises attirés par le port.
Une transformation visible dans le quotidien des habitants
Les bénéfices du port se ressentent à tous les niveaux. Yaya Aboubakar, chauffeur expérimenté ayant sillonné plusieurs pays d’Afrique centrale, témoigne : « Le port nous a facilité la vie. Les services sont rapides, et Kribi est devenu une plaque tournante pour les échanges ». Autrefois isolé, le village de pêcheurs est aujourd’hui comparé à Shenzhen par certains observateurs, une référence claire à son dynamisme industriel et commercial.
Le port de Kribi, moteur de l’industrialisation et de l’intégration régionale
Derrière cette transformation se cache une stratégie bien plus large : faire de Kribi un hub logistique et industriel pour l’Afrique centrale. Patrick Mpila Ayissi, responsable des infrastructures de la Zone industrielle du port de Kribi, révèle les chiffres clés : « Depuis 2018, nous avons enregistré près de 400 milliards de francs CFA d’investissements industriels, avec 93 autorisations d’occupation et 18 entreprises déjà opérationnelles ».
Avec une zone industrielle passant de 455 à 4 000 hectares, le port ambitionne d’attirer 900 millions de dollars d’investissements et de créer jusqu’à 150 000 emplois d’ici 2038. Les chiffres sont là : le trafic de conteneurs a quadruplé depuis 2018, dépassant 555 000 EVP en 2025, tandis que le volume global des marchandises transportées a atteint 12,7 millions de tonnes en 2024.
Un réseau logistique au service des pays voisins
Le port de Kribi ne profite pas seulement au Cameroun. Il dessert déjà des marchés clés comme le Gabon, la République centrafricaine, le Tchad, le Congo et la Guinée équatoriale. Grâce à des partenariats avec des compagnies maritimes internationales comme MSC, les connexions régionales se renforcent chaque année. « Le port est devenu une plateforme stratégique pour l’Afrique centrale », souligne Patrick Mpila Ayissi.
Des compétences locales qui redéfinissent les parcours professionnels
L’impact du port se mesure aussi dans les vies personnelles. Ngatugirius Ndenya, soudeur venu de Yaoundé en 2013, raconte son évolution : « Avant, je ne maîtrisais que la soudure basique. Aujourd’hui, je peux tout faire dans ce domaine ». Grâce à un programme de formation associant travailleurs camerounais et experts chinois, des centaines de professionnels locaux ont acquis des compétences valorisables sur le marché du travail.
Pour Armand Guehoada, aujourd’hui chargé des affaires commerciales à la CHEC, le port a été une véritable renaissance. « Je suis passé d’un salaire de 100 000 francs CFA par mois à l’achat de trois véhicules et à une vie stable », explique-t-il avec fierté. Ces succès individuels illustrent une tendance plus large : l’émergence d’une classe moyenne locale, tirée par l’économie portuaire.
Un partenariat sino-camerounais qui résiste à l’épreuve du temps
Alors que le port célèbre ses 15 ans de construction et que le Cameroun et la Chine marquent le 55e anniversaire de leurs relations diplomatiques, Kribi reste un symbole fort de cette collaboration. Financé en partie par des prêts concessionnels chinois, le projet a démontré qu’un partenariat durable pouvait transformer une région entière.
Patrice Melom, directeur général de l’Autorité portuaire de Kribi, résume cette réussite : « Le port de Kribi n’est pas qu’une infrastructure, c’est un moteur de croissance durable et d’intégration sous-régionale ». Avec des résultats concrets à son actif, l’avenir du port s’annonce prometteur, porté par une vision ambitieuse et une exécution rigoureuse.