Les milliards disparus : qui répondra des 63 % d’investissements publics inaboutis ?
Les annonces gouvernementales se succèdent, mais le terrain reste désespérément vide. Seuls 37 % des projets d’investissement public au Burkina Faso voient effectivement le jour, laissant près des deux tiers des milliards engagés fondre comme neige au soleil. Une situation qui suscite désormais des réactions en cascade parmi les économistes, les citoyens et même les partenaires internationaux.
Un système en ébullition : quand l’État perd le contrôle de ses propres ressources
Le constat est accablant : depuis 2021, le pays a pourtant durci ses procédures administratives et gonflé ses enveloppes budgétaires, salué par certains organismes. Pourtant, sur le terrain, l’accès aux infrastructures de base stagne, voire recule. Le Fonds monétaire international (FMI) a tiré la sonnette d’alarme dès 2026, soulignant un paradoxe criant : l’argent est mobilisé, mais moins de 40 % est transformé en réalisations tangibles.
Les quatre ravages qui étouffent les projets publics
Au-delà du manque de liquidités, quatre mécanismes pervers expliquent cette hémorragie financière :
- Le désastre des études bâclées : Des projets sont lancés sans analyses de faisabilité sérieuses. Sous-estimation des coûts, choix de sites inadaptés ou priorités floues transforment les chantiers en gouffres sans fond. Les imprévus techniques s’accumulent, les budgets explosent, et les travaux s’interrompent après quelques mois, engloutissant les premiers financements.
- L’enfer des procédures et des impayés : La machine administrative burkinabè étouffe les entreprises locales. Les retards de paiement de l’État, les appels d’offres interminables et les lourdeurs procédurales asphyxient les PME du BTP. Résultat : des chantiers à l’arrêt, des artisans au chômage, et des millions de francs CFA volatilisés.
- L’abandon post-livraison : la maintenance, parent pauvre des budgets : Même quand un projet aboutit, il est souvent livré sans filet. Les routes neuves se fissurent sous les premières pluies, les écoles manquent de matériel, et les réseaux électriques tombent en panne. Sans entretien, le capital public se dégrade prématurément, annulant l’investissement initial.
- L’écart entre la loi et la réalité : Malgré une modernisation du cadre institutionnel, son application reste superficielle. La transparence affichée ne résiste pas à la réalité du terrain : les règles de gestion sont contournées, les contrôles sont laxistes, et les résultats ne sont pas mesurés.
Les PPP, une solution miracle ou un leurre dangereux ?
Face à ce naufrage, certains prônent un recours accru aux Partenariats Public-Privé (PPP) pour attirer des capitaux privés. L’idée séduit, mais elle comporte des risques majeurs si les failles structurelles ne sont pas comblées. Confier des infrastructures au privé sans renforcer les capacités de l’État en matière d’évaluation et de suivi expose le pays à des dérives coûteuses : surcoûts, garanties publiques abusives, et une efficacité toujours aussi aléatoire.
La seule question qui compte : quand les promesses deviendront-elles réalité ?
Avec un taux d’exécution physique bloqué à 37 %, injecter davantage de fonds sans corriger les dysfonctionnements revient à verser de l’eau dans un tonneau percé. Pour les Burkinabè, l’enjeu n’est plus de savoir combien le gouvernement dépense, mais ce que les citoyens en retirent réellement. Chaque franc engagé doit se traduire par une école construite, une route bitumée ou un village électrifié. Le temps des discours est révolu : place à l’action.
Vers une révolution administrative : et si la solution venait de l’intérieur ?
Plutôt que de chercher désespérément de nouvelles sources de financement, le gouvernement pourrait opter pour une refonte en profondeur de sa chaîne de gestion. Cela implique d’instaurer des audits indépendants, de simplifier les procédures, d’imposer des délais stricts pour les paiements, et surtout, de rendre les responsables comptables de leurs échecs.
Le Burkina Faso ne manque pas de ressources, mais d’efficacité. Tant que les bons outils ne seront pas mis en place, les milliards continueront de s’évaporer, et les promesses de rester lettre morte.