Georges Dougueli répond à Owona Nguini : « Spéculer sur la santé des chefs d’État fait partie du métier de journaliste »
Dans une contribution publiée ce 28 juin, le journaliste revient sur les propos tenus par le vice-recteur de l’université de Yaoundé II, qui l’accusait de « spéculer sur la mort du président Paul Biya ». Il défend avec vigueur la liberté d’informer.
À qui s’adresse donc cet appel véhément de Monsieur Owona Nguini ? La phrase « Dougueli spécule sur la mort du président Biya » a envahi ma messagerie. Que répondre ? Spéculer sur la santé des chefs d’État relève de notre mission. Rien n’est intouchable pour un véritable journaliste. Il n’est pas rare qu’une rédaction prépare une nécrologie avant le décès d’une personnalité.
François Mitterrand, qui n’aimait guère la presse, traitait les journalistes de « chiens ». Tout dirigeant averti subit cette pression. Le président Biya le sait bien. Peut-être pas ses zélotes sécuritaires, à qui l’orateur veut me livrer. Mais comment chroniquer la vie de l’État sans évoquer l’état de santé de ceux qui l’incarnent ? Cette diatribe me semble adressée à plusieurs publics.
1. S’adresse-t-il aux suprématistes « Ekangs » ?
Owona Nguini évolue dans un champ politique où il manie des concepts dangereux. Quand il répète « Je suis un seigneur », certains voient de la mégalomanie. Mais il faut rappeler l’influence de l’anthropologue Laburthe Tolra. Owona Nguini a détourné la notion « Ekang », issue du Mvett, pour en faire un outil de suprématie. Selon Laburthe Tolra, les Ekangs seraient descendus du Nil pour coloniser la forêt équatoriale. Owona Nguini prend cette thèse au premier degré, convaincu que cette population (Gabon, Guinée équatoriale, Congo) doit gouverner. Au Gabon, où les Fangs sont imprégnés du Mvett grâce à Tsira Ndong Ntoutoume, on a vu le danger : en 2009, le slogan « TSF » (Tout sauf les Fangs) a émergé. Le concept n’a pas franchi la frontière sud du Cameroun. Quel rapport avec la Fecafoot ? Chez Owona Nguini, comme chez Carl Schmitt, faire de la politique c’est désigner un ennemi. Hier les « Ntaalibams », aujourd’hui les « Églisiens ». Ce Méphisto de bazar finira par créer de vrais problèmes.
2. Il s’adresse à la caste dirigeante contre la populace
Les soutiens de Samuel Eto’o, harcelé depuis 2021, ne sont pas tous des « écervelés » ou des nervis. En traitant le président de la Fecafoot d’« illettré » et ses fans de « fanatiques incultes », l’agitateur veut mobiliser les élites contre les « gens d’en bas ». Il construit une fable des « cerveaux » contre les « mollets ». Pour lui, Eto’o est un « cancer » qu’il faut insulter jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ce meurtre symbolique vise à réhabiliter un clan terni par la mauvaise gouvernance, la corruption et les crimes politiques. Il faut remettre le peuple à sa place, quitte à nier sa souveraineté au profit de « hautes instructions ». Je laisse aux constitutionnalistes, politologues et psychanalystes le soin d’analyser ces propos.