Gabon : cinq mois de blackout numérique, une mesure qui interroge toujours

Cinq mois se sont écoulés depuis que les réseaux sociaux ont été rendus inaccessibles au Gabon. La décision, officialisée par la Haute Autorité de la Communication (HAC) le 17 février, reste en vigueur « jusqu’à nouvel ordre ». Initialement présentée comme une réponse aux discours de haine et à la désinformation, cette mesure prolongée soulève désormais des questions croissantes. L’absence de communication claire sur une éventuelle levée des restrictions alimente les interrogations : cette suspension, autrefois temporaire, ne devient-elle pas une nouvelle normalité ?

Cette situation prive des milliers de Gabonais d’un outil essentiel. Créateurs de contenu, commerçants en ligne, agences de communication ou encore petites entreprises dépendaient des réseaux sociaux pour leur visibilité et leur chiffre d’affaires. Dans un pays marqué par un chômage structurel et des difficultés économiques persistantes, cette coupure numérique aggrave une précarité déjà bien réelle. Les institutions publiques et les représentations diplomatiques, elles aussi touchées par cette mesure, peinent à maintenir un lien direct avec les citoyens.

Un cadre juridique renforcé, mais des questions persistantes

Pour justifier cette suspension, les autorités ont évoqué la nécessité de lutter contre les abus en ligne. Pourtant, ces derniers mois ont vu l’adoption de deux ordonnances majeures : l’une élargissant les pouvoirs de la HAC, l’autre encadrant spécifiquement l’usage des réseaux sociaux. Ces textes, validés par le Parlement, offrent désormais un cadre légal pour sanctionner les dérives sans recourir à une interdiction générale. Alors, pourquoi maintenir cette restriction ? L’absence de calendrier précis pour un retour à la normale laisse planer le doute : cette mesure ne dépasse-t-elle pas son objectif initial pour devenir une entrave aux libertés ?

Libertés publiques en recul ?

Sur la scène politique, des voix s’élèvent. Des députés, comme Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, dénoncent publiquement cette situation. Dans les rues, une prudence inhabituelle s’installe : les citoyens hésitent à s’exprimer sur les sujets de société, par crainte de représailles. Ce climat de retenue menace l’équilibre démocratique du pays. Réguler l’espace numérique est une chose ; le maintenir sous cloche indéfiniment en est une autre. Une démocratie se mesure à sa capacité à protéger les droits fondamentaux tout en garantissant la sécurité de ses citoyens.