Libreville, juin 2026 – Au Gabon, la gestion de l’eau et de l’électricité atteint un point de rupture politique. Pour la première fois depuis le début de la transition, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), parti présidentiel fondé par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, interpelle publiquement et sans détour la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG).
Le constat est accablant : près de 1000 milliards de francs CFA injectés par l’État en trois ans n’ont pas permis d’améliorer significativement la situation des Gabonais. Le cabinet politique dirigé par Jean-Pierre Oyiba dénonce dans un communiqué inhabituellement ferme les lacunes persistantes d’un opérateur censé garantir deux services vitaux au pays. Une réaction qui reflète l’exaspération générale face à une crise devenue insoutenable pour les ménages comme pour le tissu économique.
L’eau et l’électricité, symboles d’une crise nationale
Les Gabonais subissent au quotidien les conséquences d’un système défaillant : coupures fréquentes, délestages prolongés, pénuries récurrentes dans la capitale comme dans les régions. Les infrastructures, souvent obsolètes, peinent à suivre le rythme des besoins, tandis que les projets de modernisation accusent un retard alarmant.
L’UDB rappelle que l’État a mobilisé des fonds exceptionnels pour rénover le secteur, en visant la réhabilitation des centrales, l’extension des capacités, la modernisation des réseaux et l’amélioration de l’accès à l’eau potable. Pourtant, malgré cet effort budgétaire massif, les résultats restent largement insuffisants.
Les répercussions économiques sont désastreuses. Les entreprises doivent investir massivement dans des groupes électrogènes, les commerces enregistrent des pertes colossales, et les familles voient leur quotidien se dégrader. Dans un pays aspirant à devenir un hub régional, la fiabilité énergétique constitue pourtant un levier essentiel pour attirer les investissements et stimuler l’activité économique.
Gouvernance en question : qui doit rendre des comptes ?
Au-delà des critiques, le communiqué de l’UDB interroge directement la responsabilité des gestionnaires publics. L’eau et l’électricité ne sont pas de simples services ; elles conditionnent la santé, l’éducation, la sécurité et la stabilité sociale du pays. Leur gestion exige donc une transparence absolue et une efficacité sans faille.
En pointant du doigt l’écart entre les moyens alloués et les résultats obtenus, le parti présidentiel introduit une dimension rarement abordée : celle de la responsabilité managériale. Selon l’UDB, les dirigeants de la SEEG doivent désormais justifier leurs performances et expliquer l’utilisation des fonds publics. Cette position sous-entend que les difficultés actuelles relèvent davantage d’une mauvaise exécution que d’un manque de ressources.
Cette prise de position révèle aussi une stratégie politique subtile. Face à une opinion publique de plus en plus mécontente, l’UDB cherche à dissocier la volonté politique de l’exécutif de la gestion opérationnelle de l’entreprise. Le message est clair : l’État a fourni les moyens, aux gestionnaires maintenant de prouver leur capacité à les transformer en solutions concrètes.
Un test pour la transition
Ce dossier dépasse largement le cadre de la SEEG. Depuis août 2023, les autorités de transition ont fait de l’amélioration des conditions de vie une priorité absolue. Aucun sujet n’impacte autant le quotidien des Gabonais que l’accès à l’eau et à l’électricité.
L’enjeu est désormais celui de la crédibilité de l’État. La question n’est plus de savoir combien a été investi, mais pourquoi ces investissements ne se traduisent pas encore par un service à la hauteur des attentes. L’intervention publique de l’UDB marque un tournant : elle signale que la patience des Gabonais a atteint ses limites et que l’ère des résultats est désormais exigée.
Reste à savoir si cette pression aboutira à des réformes structurelles, une refonte de la gouvernance de la SEEG ou un renouvellement des équipes dirigeantes. Car pour les citoyens, la seule réponse tangible réside dans la fin des coupures et la garantie d’un approvisionnement permanent en eau et en électricité. C’est à cette aune que seront jugés les gestionnaires de la SEEG et, plus globalement, la capacité de la transition à convertir les promesses en actes concrets.
