Force unifiée AES : les clés pour réussir sa mission au Sahel

la force unifiée de l’AES : un pas décisif vers la stabilité au Sahel ?

Le général Assimi Goïta, président de la transition au Mali, passe en revue des troupes en tenue militaire avec un béret vert et un cache-nez

Crédit photo : Présidence de la République du Mali

Les juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour une session cruciale de deux jours, marquant la deuxième réunion du collège des chefs d’État de la confédération des États du Sahel (AES). Cette rencontre, organisée les 22 et 23 décembre, vise à évaluer les progrès accomplis depuis le sommet fondateur de Niamey en juillet 2024. Les dirigeants examineront les défis sécuritaires, diplomatiques et de développement, tout en désignant un nouveau président de la confédération. L’objectif affiché ? Accélérer la mise en œuvre de la feuille de route et opérationnaliser pleinement les institutions de l’AES.

Selon les autorités maliennes, la première année de cette alliance a permis de renforcer la coordination entre les trois États membres et de structurer le fonctionnement des instances confédérales. Cependant, des avancées notables restent à concrétiser pour répondre aux enjeux régionaux et internationaux qui pèsent sur l’espace sahélien.

qu’est-ce que la force unifiée de l’AES ?

Un véhicule militaire jaune portant l'inscription 'FU-AES'

Crédit photo : Présidence de la République du Mali

Face à l’insécurité croissante et à la menace persistante des groupes armés transfrontaliers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de mutualiser leurs efforts militaires. La création de la Force unifiée de l’AES (FU-AES), officiellement lancée fin décembre à Bamako, s’inscrit dans cette logique de collaboration renforcée. Composée de 5 000 soldats issus des trois pays, cette force multinationale sera placée sous le commandement du général Daouda Traoré du Burkina Faso.

L’objectif principal de cette initiative est de lutter contre les djihadistes et de sécuriser les zones frontalières, souvent vulnérables aux attaques. Comme l’a souligné le général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, « la paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas ». Il présente cette force comme le fruit d’une stratégie régionale fondée sur la solidarité et la dignité sahéliennes, marquant un engagement irréversible des trois États.

comment la force unifiée peut-elle atteindre ses objectifs ?

Des soldats de la Force unifiée de l'AES en opération avec des engins militaires

Crédit photo : Présidence de la République du Mali

Pour que cette force unifiée soit efficace, plusieurs leviers doivent être actionnés. D’après Fiacre Vidjenagninou, chercheur principal au Behanzin Institute à Cotonou et chercheur associé senior à l’Egmont Institute à Bruxelles, la crédibilité de la FU-AES dépendra de sa capacité à dépasser le simple effet d’annonce et à obtenir des résultats concrets sur le terrain. Les populations sahéliennes attendent des résultats tangibles pour retrouver un sentiment de sécurité.

Plusieurs axes stratégiques se dégagent pour assurer le succès de cette force :

  • Commandement unifié et coordination renforcée : Une direction claire et une communication fluide entre les trois armées sont indispensables pour éviter les chevauchements ou les lacunes opérationnelles.
  • Partage des renseignements : La fusion des informations recueillies par chaque pays permettra d’identifier rapidement les cibles et de planifier des actions ciblées.
  • Opérations synchronisées : Les forces doivent agir de manière coordonnée pour maximiser l’impact de leurs interventions.
  • Maintien de la présence militaire : Une fois les opérations terminées, il est crucial de maintenir une présence militaire pour sécuriser les zones libérées et empêcher les groupes armés de revenir.
  • Logistique et soutien : Le ravitaillement des troupes, l’évacuation des blessés et la gestion des ressources sont des éléments clés pour la pérennité des opérations.

Le chercheur insiste sur l’importance d’une méthode simple mais efficace : « Concentrez l’effort là où l’ennemi est le plus structuré. Mettez en place un mécanisme renseignement-action : collectez l’information, fusionnez-la, frappez rapidement et restez ». Il souligne que les stratégies ponctuelles, comme frapper puis quitter le terrain, ne suffisent plus. Les groupes armés reviennent souvent après le départ des forces, ce qui nécessite une approche plus durable.

Pour Fiacre Vidjenagninou, une force peut gagner des batailles, mais elle ne gagne pas la stabilisation sans une gouvernance minimale. Il est essentiel de rassurer les populations, de rétablir la justice locale, de résoudre les conflits fonciers et de briser le cycle de la violence. Sans ces éléments, la stabilité reste fragile.

faut-il élargir la force unifiée ?

Les dirigeants de l'AES : le général Abdourahamane Tiani (Niger), le colonel Assimi Goïta (Mali) et le capitaine Ibrahim Traoré (Burkina Faso) lors du sommet de juillet 2024 à Niamey

Crédit photo : Getty Images

L’idée d’élargir la force unifiée à d’autres pays de la région est évoquée, mais Fiacre Vidjenagninou met en garde contre les risques liés à une telle démarche. Une intégration trop rapide pourrait compliquer la coordination et introduire des divergences de doctrine ou des méfiances entre les partenaires. Selon lui, une approche progressive serait plus judicieuse :

  • Étape 1 : Prouver l’efficacité à trois : Consolider la coopération entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger avant d’envisager un élargissement.
  • Étape 2 : Coopérer avec des voisins de manière opérationnelle : Engager des opérations coordonnées sur des couloirs précis et renforcer les accords de poursuite transfrontalière.
  • Étape 3 : Intégration formelle : Une fois la confiance établie, envisager une intégration plus large.

Le chercheur souligne que la crédibilité de la force unifiée se mesurera sur le terrain, dans la capacité des trois pays à commander ensemble, à tenir le terrain et à produire des résultats durables pour les populations. La rencontre de Bamako doit permettre de renforcer le dialogue avec le commandement de la FU-AES, tout en officialisant d’autres projets comme la création de la Télévision de l’AES (siège à Bamako) et de la radio Daandè Liptako (basée à Ouagadougou).

Les discussions aborderont également la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, ainsi que les enjeux liés à la sortie des trois pays de la CEDEAO après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Cette alliance, née de la Charte de Liptako-Gourma en septembre 2023, s’est officiellement transformée en confédération le 6 juillet 2024.