Finances publiques de la RDC en 2025 : un déficit qui s’aggrave malgré la hausse des recettes
En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) fait face à un défi budgétaire majeur : malgré une augmentation significative des recettes fiscales, les dépenses de l’État continuent de progresser à un rythme bien plus soutenu. Ce déséquilibre, désormais ancré dans la structure économique du pays, oblige Kinshasa à arbitrer entre priorités sociales, sécurité nationale et engagements macroéconomiques pris auprès de ses partenaires internationaux. Une situation qui questionne la viabilité à long terme des finances publiques congolaises.
Des recettes fiscales en progression, mais insuffisantes
Les administrations fiscales de la RDC, incluant la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes et accises (DGDA) ainsi que la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), enregistrent des résultats encourageants. Cette amélioration s’explique par l’élargissement de l’assiette fiscale, la digitalisation progressive des procédures et une lutte accrue contre les fraudes, notamment dans les régions minières du Katanga et du Kivu. Les cours élevés du cuivre et du cobalt, essentiels à l’économie congolaise, ont également contribué à cette dynamique positive. Cependant, cette manne reste vulnérable aux fluctuations des marchés mondiaux et à la concurrence des alternatives technologiques dans le secteur des batteries.
Dépenses publiques : sécurité et salaires en tête des dépenses
Le budget de l’État congolais est marqué par une explosion des dépenses, principalement tirée par deux postes clés. D’abord, la situation sécuritaire dans l’est du pays, où les Forces armées de la RDC (FARDC) affrontent les groupes armés et les offensives du M23 dans le Nord-Kivu, absorbe des ressources colossales. L’état de siège, prolongé depuis 2021, a également alourdi les dépenses dans ce domaine, dépassant largement les prévisions initiales. Ensuite, la masse salariale, dopée par les augmentations consenties aux enseignants, aux magistrats et à certains fonctionnaires, ainsi que par les embauches dans les secteurs de la défense et de la santé, pèse lourdement sur les finances publiques. Les dépenses d’urgence, liées aux inondations et aux déplacements massifs de populations, s’ajoutent à cette pression budgétaire.
Les subventions, notamment celles destinées au secteur des hydrocarbures pour stabiliser les prix à la pompe, et les investissements publics, malgré leur protection théorique par la loi-programme, subissent des arbitrages défavorables au profit des dépenses courantes. Une réalité qui fragilise davantage le solde primaire du pays.
Un déficit croissant qui menace la stabilité économique
Le creusement du déficit budgétaire force la RDC à recourir massivement à des financements monétaires et au marché des titres publics. Cette stratégie, déjà sous surveillance du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit, exerce une pression sur les taux d’intérêt locaux et affaiblit le franc congolais. La Banque centrale du Congo (BCC) a dû durcir sa politique monétaire pour préserver la stabilité de la monnaie nationale. Parallèlement, l’accumulation d’arriérés de paiement envers les fournisseurs de l’État menace la trésorerie des petites et moyennes entreprises (PME) locales, qui dénoncent des délais de paiement excessifs et une méfiance accrue envers la commande publique.
Pour inverser cette tendance, le gouvernement congolais devra rapidement rationaliser les exonérations fiscales, accélérer la généralisation de la facturation électronique et maîtriser la progression des dépenses salariales sans attiser les tensions sociales. La crédibilité du cadre macroéconomique négocié avec les institutions internationales, comme le FMI et la Banque mondiale, dépendra largement de la capacité de l’exécutif à redresser la barre d’ici la fin de l’année. Le rythme actuel des recettes et des dépenses rend l’équation budgétaire de plus en plus difficile à résoudre.