Faye lance kiiraay et tourne définitivement la page sonko

Un nouveau parti pour incarner un virage politique

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a donné naissance à « Kiiraay » lors d’un événement organisé samedi 25 juillet 2026 à Dakar, marquant ainsi une rupture définitive avec son ancien mentor et ex-Premier ministre Ousmane Sonko. Ce nouveau parti, dont le nom signifie « protection » ou « bouclier » en wolof, incarne une volonté de renouveau politique après deux années de gouvernance marquée par des tensions croissantes au sein du parti Pastef, l’organisation qui l’avait propulsé au pouvoir en 2024.

Crédit Photo : AFP.

Une inauguration sous haute tension

Le lancement du parti s’est déroulé dans un hôtel de luxe de Dakar, où des centaines de partisans se sont rassemblés malgré la chaleur étouffante. À l’extérieur, une foule enthousiaste brandissait des banderoles et des foulards aux couleurs du nouveau mouvement, scandant des slogans en l’honneur du président Faye. Parmi eux, Mamo Khady Sall, une quarantenaire venue de Yeumbeul, une banlieue dakaroise, a exprimé son soutien sans réserve : « Diomaye est un homme de paix, contrairement à certains qui préfèrent les divisions ». Son rejet catégorique d’Ousmane Sonko était palpable.

Des divergences insurmontables

Le passé commun de Faye et Sonko remonte à leur combat commun contre Macky Sall, l’ancien président du Sénégal (2012-2024). Ensemble, ils avaient promis une rupture radicale : justice sociale, transformation économique et lutte contre la corruption. Pourtant, après deux ans à la tête de l’État, Faye a estimé que ces ambitions ne pouvaient se concrétiser au sein du Pastef. « Les changements attendus n’étaient tout simplement pas réalisables dans le cadre actuel du parti », a confié Ibra Faye, économiste et ingénieur financier dakarois, soulignant l’impasse politique dans laquelle se trouvait le mouvement.

Kiiraay : le parti de la majorité présidentielle

« Kiiraay est aujourd’hui le parti majoritaire au Sénégal », a proclamé Bassirou Diomaye Faye devant un parterre de maires, de responsables sectoriels et de figures de la société civile réunis pour l’occasion. Plusieurs cadres et militants du Pastef ont d’ailleurs choisi de rejoindre le nouveau parti, confirmant ainsi son ancrage dans le paysage politique sénégalais. Un congrès fondateur est prévu après la saison des pluies, selon les informations communiquées par l’entourage présidentiel.

Il est important de rappeler que l’ascension de Faye à la présidence doit presque tout à Sonko, dont la candidature à l’élection de 2024 avait été invalidée en raison d’une condamnation pour diffamation. Sans ce contretemps, le leader du Pastef aurait très probablement été élu président.

Dette publique et pouvoir présidentiel : les sujets de discorde

Les tensions entre les deux hommes se sont cristallisées autour de deux enjeux majeurs : la gestion de la dette publique sénégalaise et l’équilibre des pouvoirs institutionnels. Le 22 mai 2026, Faye a démis Sonko de ses fonctions de Premier ministre. En représailles, ses partisans l’ont élu président de l’Assemblée nationale, un poste clé dans un Parlement où le Pastef détient 130 des 165 sièges.

Fin juin, les députés ont adopté une loi controversée visant à limiter les prérogatives du président, notamment en lui interdisant de diriger un parti politique ou une coalition. Cependant, cette initiative a été bloquée par le Conseil constitutionnel moins de quinze jours plus tard, rappelant les limites du pouvoir législatif face à l’autorité judiciaire.