Expulsion d’une responsable ONU par le Burkina Faso après un rapport accablant
Burkina Faso : la junte expulse une responsable de l’ONU après un rapport sur les violations des droits des enfants
Le gouvernement de transition du Burkina Faso a pris une décision radicale en début de semaine en déclarant persona non grata Carol Flore-Smereczniak, coordinatrice résidente des Nations Unies dans le pays. Cette mesure intervient à la suite de la publication d’un rapport accablant des Nations Unies mettant en lumière les violations graves des droits des enfants au Burkina Faso.
Cette expulsion marque un tournant dans les relations tendues entre la junte militaire et l’organisation internationale. Carol Flore-Smereczniak devient ainsi la deuxième responsable de l’ONU à subir le même sort après Barbara Manzi, expulsée en 2022. Ces décisions illustrent une intolérance croissante envers toute forme de contrôle extérieur indépendant.
Un rapport onusien qui dérange la junte militaire
Le porte-parole de la junte a formulé des accusations précises contre Carol Flore-Smereczniak : elle aurait participé à la rédaction du rapport d’avril 2025, qui documente l’impact dévastateur du conflit armé sur la population infantile du pays. Les autorités burkinabè ont catégoriquement rejeté les conclusions de ce document, qui met en cause non seulement les groupes armés islamistes, mais aussi les forces de sécurité nationales et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP).
Selon les données compilées dans ce rapport, 2 483 violations graves ont été recensées entre juillet 2022 et juin 2024, touchant 2 255 enfants. Parmi ces abus : meurtres, enlèvements, et surtout, le recrutement forcé d’enfants par les différents belligérants. Les groupes armés islamistes sont responsables de 65 % de ces exactions, tandis que les forces de sécurité et les VDP en ont commis les 35 % restants.
Le document souligne également une hausse alarmante des attaques contre les établissements scolaires et s’alarme de la pratique de la détention arbitraire d’enfants suspectés d’appartenir à des groupes armés. Ces pratiques, déjà largement documentées par Human Rights Watch depuis 2016, incluent notamment des agressions contre élèves, enseignants et infrastructures éducatives.
Une junte en conflit permanent avec l’ONU
Les tensions entre le Burkina Faso et les Nations Unies ne datent pas d’hier. Dès mars 2025, le ministre des Affaires étrangères burkinabè avait vivement critiqué l’usage par l’ONU de termes comme « groupes armés non étatiques » pour désigner les groupes terroristes, ou encore la qualification des VDP de « milices ». En juillet de la même année, Ouagadougou a exigé un recentrage des actions onusiennes au Burkina Faso, afin qu’elles s’alignent sur la stratégie nationale du régime.
Depuis leur prise de pouvoir par coup d’État en 2022, les autorités militaires burkinabè ont systématiquement réprimé médias, opposition politique et dissidents. Plutôt que de chercher à masquer les abus commis, la junte devrait, au contraire, collaborer avec l’ONU pour mettre en place un plan d’action concret visant à mettre fin à ces violations des droits humains.