Djihadistes du Sahel infligent un revers cuisant aux mercenaires russes au Mali

Un camouflet majeur pour les alliés de Bamako. Dimanche 26 avril, à Kidal, dans le nord-est du Mali, les forces de l’Africa Corps, remplaçant depuis 2025 du groupe Wagner et soutenues par la junte malienne, ont subi un revers aussi symbolique que stratégique. Des images diffusées en ligne montrent leur départ précipité, humiliant : désarmés et embarqués de force dans des camions par les djihadistes du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à Al-Qaïda) et leurs alliés touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA). Les assaillants ont saisi des dizaines de véhicules blindés et d’hélicoptères abandonnés, tandis que plusieurs soldats maliens ont été capturés après des échanges brefs mais violents.

Ce revers survient alors que le Mali fait face, depuis samedi, à une vague d’attaques coordonnées menées par les djihadistes du GSIM, alliés à la rébellion touareg du FLA. Ces offensives ciblent des positions stratégiques de la junte à travers tout le pays, y compris aux abords de la capitale, Bamako.

Kidal, bastion perdu : un symbole de l’échec russe au Sahel

Lundi, l’Africa Corps a officiellement confirmé son retrait de Kidal, une ville stratégique du nord du pays. Ce repli marque un tournant pour les rebelles du FLA, qui avaient vu les mercenaires de Wagner s’emparer de la ville en novembre 2023, hissant fièrement leur emblème (une tête de mort blanche sur fond noir). « C’est le seul succès stratégique tangible que les Russes aient offert à la junte malienne depuis leur arrivée en 2021 », analyse Djenabou Cissé, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique. La perte de Kidal sonne donc comme un désaveu cuisant pour Moscou.

Blocus djihadiste et offensive généralisée : le Mali sous pression

Les attaques du week-end ont frappé au moins six villes maliennes, dont Bamako, Kati (où se situe la principale base militaire du pays), et Gao, ancienne base de l’ONU. Les djihadistes, en progression constante depuis l’été 2025, ont instauré des blocus autour de Bamako, asphyxiant économiquement la capitale. Selon un rapport de l’Institute for Economics and Peace, le Mali est devenu en 2025 l’épicentre mondial du terrorisme en termes de victimes.

L’Africa Corps et les forces maliennes en difficulté face à l’inefficacité

Depuis 2021, la junte malienne s’appuie sur les mercenaires russes pour lutter contre les groupes armés. Pourtant, la situation n’a fait qu’empirer, avec une recrudescence des violences contre les civils. Wassim Nasr, expert des mouvements djihadistes, souligne : « Il était évident depuis longtemps que les mercenaires russes, qu’ils soient dans Wagner ou dans l’Africa Corps, étaient inefficaces dans la lutte antiterroriste ». Les dernières offensives n’ont fait que confirmer ces faiblesses.

Les rapports de l’ONU et de la Fédération internationale pour les droits humains ont documenté une hausse alarmante des violences sexuelles perpétrées par les forces maliennes et leurs supplétifs russes, notamment depuis 2021. Ces exactions ont été largement médiatisées, comme en témoignent les récits de réfugiées maliennes recueillis par Le Monde en août 2025.

Trahison à Kidal : les autorités maliennes pointent du doigt les Russes

Les déclarations d’un officier malien à RFI révèlent une possible trahison : « Les Russes nous ont trahis à Kidal ». Selon lui, le gouverneur de la région aurait alerté l’Africa Corps trois jours avant l’attaque, sans que les mercenaires n’interviennent. « Ils avaient déjà négocié leur départ », affirme-t-il. Ce repli pourrait fragiliser davantage l’armée malienne, déjà en difficulté, et étendre le contrôle des djihadistes sur d’autres localités du nord.

Face à cette crise, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a rendu hommage au ministre de la Défense Sadio Camara, tué lors des attaques. Le chef de la junte, Assimi Goïta, a quant à lui assuré que la situation était « sous contrôle » et que les opérations se poursuivraient jusqu’à la « neutralisation complète des groupes impliqués ».

Cependant, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a évité de répondre aux questions sur la capacité de l’Africa Corps à maîtriser la situation, lors de son point presse du 28 avril. Il a simplement affirmé que les forces russes avaient empêché une tentative de coup d’État, selon Reuters.