Crise politique au Sénégal : l’opposition conteste l’élection de sonko au perchoir
Crise politique au Sénégal : l’opposition dépose un recours contre l’élection d’Ousmane Sonko
Une vingtaine de députés de l’opposition sénégalaise a franchi une nouvelle étape dans la crise politique en déposant hier une requête devant le Conseil constitutionnel. Leur objectif : faire annuler la réintégration d’Ousmane Sonko comme député, une étape indispensable à son élection à la présidence de l’Assemblée nationale. Les signataires du communiqué, parmi lesquels des députés non-inscrits et des membres de l’opposition, s’appuient sur l’article 54 de la Constitution pour dénoncer une violation des règles.
Une incompatibilité constitutionnelle contestée
Les députés opposants estiment qu’Ousmane Sonko, nommé Premier ministre puis élu député en 2024, a commis une erreur en conservant ses fonctions gouvernementales. Selon eux, cette situation le plaçait en situation d’incompatibilité avec son mandat parlementaire. La réintégration contestée, suivie de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, constituerait ainsi une violation flagrante des principes constitutionnels, notamment celui de la séparation des pouvoirs.
Les requérants soulignent que le Conseil constitutionnel est le seul organe capable de sanctionner un tel acte, garantissant la légitimité des institutions. Ils rappellent que cette instance doit veiller à la conformité des mandats parlementaires avec les textes fondamentaux du pays.
Un refus de communication des pièces aggrave la crise
Le communiqué met en lumière un second grief de nature procédurale. Les députés affirment avoir été dans l’impossibilité d’accéder aux documents essentiels à leur recours : l’acte de réintégration d’Ousmane Sonko et le procès-verbal de la séance plénière du 26 mai 2026. Malgré des sommations d’huissier, le Secrétaire général et le Premier Vice-Président de l’Assemblée nationale auraient refusé de leur remettre ces pièces, pourtant considérées comme publiques.
Pour les signataires, ce refus représente une entrave grave aux droits des parlementaires et à la transparence démocratique. Ils exigent que le Conseil constitutionnel mette fin à cette situation, qu’ils qualifient de « forfaiture », et rappelle que ces documents doivent être accessibles à tous les acteurs politiques.
Un contexte politique explosif
Cette saisine s’inscrit dans une période de tensions politiques sans précédent. Ousmane Sonko, destitué de ses fonctions de Premier ministre le 22 mai 2026, a effectué un retour remarqué en étant élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133. Cette élection, boycottée par l’opposition, a été qualifiée de « coup d’État constitutionnel » par ses détracteurs.
Les débats juridiques restent vifs. Certains constitutionnalistes estiment que l’article 54 ne prévoit ni suspension ni conservation automatique du mandat parlementaire en cas d’incompatibilité, tandis que d’autres s’appuient sur l’article 123 du règlement intérieur, qui encadre le remplacement des députés nommés au gouvernement pour justifier sa réintégration.
Une recevabilité du recours incertaine
Une question majeure se pose : le Conseil constitutionnel acceptera-t-il de se saisir de ce recours ? Plusieurs figures de l’opposition, dont Aïssata Tall Sall, avaient rappelé que seuls le président de la République dispose de cette prérogative. La présidence a d’ailleurs démenti toute saisine directe des « sept sages » par le chef de l’État. La recevabilité de la requête des députés constituera donc le premier défi à relever pour le Conseil.