Crise du carburant au Mali : impact sur les opérations humanitaires en 2025
La crise du carburant au Mali s’aggrave sous l’effet d’un blocus djihadiste sur les axes routiers stratégiques, paralysant les opérations humanitaires et aggravant une situation déjà critique. Cette pénurie perturbe profondément la vie quotidienne des habitants et bloque les interventions des organisations onusiennes dans un pays déjà fragilisé par la faim et l’insécurité persistante.
Des régions clés paralysées par le manque de carburant
Selon le bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), l’approvisionnement en carburant est devenu un casse-tête logistique majeur. Les régions du centre et du sud, comme Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara, subissent de plein fouet les conséquences de cette crise. Ces zones, vitales pour relier la capitale Bamako au nord du pays en proie à l’insécurité, voient leurs opérations humanitaires fortement réduites. Certaines missions de terrain ont dû être limitées à un rayon de dix kilomètres autour des bases, tandis que d’autres ont été temporairement suspendues en raison des restrictions de mouvement, des braquages et des contrôles irréguliers.
Depuis septembre 2025, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque les importations de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays sont les principaux points d’entrée des biens importés dans ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest. Résultat : Bamako et la majorité des régions maliennes sont plongées dans une crise énergétique et alimentaire sans précédent.
Léré, une ville isolée par les groupes armés
Dans la région de Tombouctou, la ville de Léré, située près de la frontière mauritanienne, est soumise depuis le 27 octobre à des restrictions d’accès imposées par des groupes armés. Cette mesure a provoqué des déplacements massifs de populations vers des zones plus sûres. Selon un rapport de l’OCHA, seuls les acteurs humanitaires déjà présents dans la ville ont accès à la localité, tandis que le reste des organisations humanitaires en est exclu. Le document révèle également une hausse de 13 % des incidents d’accès en octobre par rapport à septembre, avec 50 cas recensés. Les engins explosifs restent la principale menace, avec 28 cas signalés, tandis que trois attaques directes contre des humanitaires et neuf enlèvements ont été enregistrés, principalement dans les régions de Ségou et de Gao.
À Douentza, deux agents humanitaires ont perdu la vie dans le chavirement d’une pinasse sur le fleuve Niger, près du village de Kagnimé. Ces violences compromettent la sécurité du personnel et ralentissent les opérations sur le terrain, dans un contexte déjà marqué par l’imprévisibilité et des contraintes logistiques accrues.
Une crise politique aggravée par la junte militaire
La situation se dégrade dans un contexte politique de plus en plus répressif. Depuis le coup d’État de 2020 mené par le général Assimi Goïta, l’instabilité institutionnelle s’est intensifiée. Les élections présidentielles ont été indéfiniment reportées, et en mai 2025, tous les partis politiques ont été dissous. Une loi adoptée en juillet 2025 permet désormais au général Goïta de prolonger son mandat « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ».
Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a dénoncé cette dérive : « La porte est fermée à toute élection démocratique au Mali dans un avenir prévisible », soulignant également « l’instrumentalisation de la loi contre l’expression de la dissidence ». Les arrestations d’opposants et de simples citoyens se sont multipliées, comme celle de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, arrêté en août et condamné à une peine de prison pour « atteinte à la crédibilité de l’État ».
Parallèlement, les violences armées s’intensifient. Les attaques des groupes djihadistes du GSIM et de la branche locale de Daech ciblent de plus en plus le centre et le nord du pays, notamment à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger. Depuis avril 2025, le bureau de Volker Türk recense « des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées et d’autres enlèvements commis par toutes les parties au conflit ».
Une crise humanitaire parmi les plus graves au monde
Ces tensions s’ajoutent à une crise humanitaire déjà dramatique. Selon l’OCHA, plus de 6,4 millions de Maliens, dont 3,5 millions d’enfants, ont besoin d’une aide urgente. Le pays compte plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Le Mali figure parmi les six crises alimentaires les plus graves de la planète, aux côtés d’Haïti, de la Palestine, du Soudan du Sud, du Soudan et du Yémen. La situation continue de se détériorer rapidement dans plusieurs zones déjà fragilisées, notamment en raison du désengagement progressif de la communauté internationale.
L’afflux des réfugiés burkinabés dans le cercle de Koro
À la frontière avec le Burkina Faso, le cercle de Koro subit une pression accrue en raison de l’arrivée massive de réfugiés. Depuis avril 2025, près de 50 000 Burkinabés se sont installés dans cette région, doublant ainsi la population réfugiée locale. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a ouvert un bureau de terrain à Koro le 16 octobre pour renforcer la coordination et accélérer les réponses humanitaires. Le Mali accueille désormais plus de 150 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso et du Niger, fuyant à la fois les attaques djihadistes et les opérations militaires menées contre les groupes armés.