Crise de l’est de la RDC : les médiateurs africains cherchent une issue à Lomé
Lomé a abrité, début juin 2026, une rencontre cruciale dédiée à la crise persistante dans l’est de la République démocratique du Congo. Des émissaires de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), de l’Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ainsi que des représentants de l’Union africaine et de l’Organisation des Nations unies se sont réunis pour harmoniser leurs approches et évaluer l’écart entre les positions des parties en conflit.
Lomé, nouveau carrefour des initiatives diplomatiques en Afrique
Le choix du Togo comme lieu de cette médiation n’est pas anodin. Depuis plusieurs mois, le président togolais Faure Gnassingbé, désigné facilitateurs par l’Union africaine, tente de rassembler des initiatives disparates pour éviter que les efforts ne s’éparpillent. Les processus de Nairobi (dirigé par l’EAC) et de Luanda (porté par l’UA sous l’impulsion de l’Angola) ont évolué de manière cloisonnée, sans convergence réelle. Malgré une tentative de fusion en 2024, les résultats concrets tardent à se matérialiser sur le terrain.
Les participants ont admis que la coordination entre ces différentes voies reste le principal défi. Plusieurs diplomates ont souligné l’importance de rationaliser les canaux de dialogue pour éviter que les groupes armés, comme le Mouvement du 23 mars (M23), ne tirent profit de ces divisions. L’expansion militaire du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a profondément modifié l’équilibre sécuritaire de la région.
Des avancées diplomatiques limitées face à une crise persistante
Les discussions tenues à Lomé ont révélé des progrès limités malgré les attentes élevées. Après des mois de refus catégorique, les autorités congolaises ont finalement accepté d’engager des pourparlers directs avec le M23, sous la pression des médiateurs régionaux et des partenaires internationaux. Toutefois, la question épineuse des relations entre la RDC et le Rwanda, suspecté de soutenir le groupe rebelle par plusieurs observateurs, reste un obstacle majeur.
Les médiateurs ont rappelé que les engagements antérieurs, notamment le retrait des forces étrangères du sol congolais et le désarmement des groupes armés, accusent un retard alarmant. La mission de la SADC en RDC (SAMIDRC), déployée en 2025, a subi des pertes humaines significatives, illustrant les limites d’une réponse purement militaire face à un conflit aux racines économiques, foncières et identitaires.
Les ressources minières du Kivu, un enjeu central du conflit
Au-delà des aspects politiques, les participants ont mis en lumière l’urgence de s’attaquer aux réseaux d’exploitation illégale des minerais dans les provinces du Kivu. Le coltan, l’étain, l’or et le tungstène alimentent une économie de guerre dont les ramifications s’étendent bien au-delà des frontières congolaises. Plusieurs médiateurs ont plaidé pour la mise en place d’un système régional de traçabilité, jugé indispensable pour toute stabilisation durable.
La réunion de Lomé n’a pas abouti à des annonces majeures, mais elle a réaffirmé la nécessité d’une approche globale. Les prochaines étapes devraient intégrer davantage les acteurs locaux congolais, jusqu’ici marginalisés au profit des discussions entre chefs d’État et chancelleries. La société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les autorités traditionnelles, sont désormais perçues comme des partenaires essentiels pour ancrer un éventuel accord dans la réalité des territoires touchés.
Les médiateurs ont quitté Lomé sans calendrier précis pour un accord global. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l’élan diplomatique engagé à Lomé suffira à inverser la tendance d’un conflit qui, depuis plus de trente ans, défie toutes les initiatives de paix dans la région des Grands Lacs.