Crise au Mali : Amnesty International alerte sur les entraves à la libre circulation
Amnesty International exige la levée du blocus imposé à Bamako
L’organisation de défense des droits humains Amnesty International a lancé un appel solennel ce vendredi à l’attention du Jnim, l’un des principaux groupes armés opérant au Mali. L’ONG exige le respect absolu de la liberté de circulation des civils, alors que la capitale Bamako subit depuis près de deux semaines un blocus routier imposé par les jihadistes. Ce siège asphyxie progressivement une ville déjà fragilisée, dépendante à plus de 80 % des approvisionnements extérieurs acheminés par voie terrestre.
Dans un communiqué percutant, Amnesty International dénonce les « conséquences inacceptables » de ce blocus sur la vie quotidienne des Maliens. « Les droits fondamentaux des populations — sécurité alimentaire, accès aux soins et droit à la vie — sont gravement menacés par cette mesure coercitive », précise l’organisation. Elle cite notamment l’attaque, le 6 mai dernier, d’un convoi civil transportant des denrées alimentaires entre Bamako et Bougouni. « Ces camions, non escortés et exempts de tout matériel militaire, ont été pris pour cible sans aucune justification légale », souligne-t-elle.
Kidal sous contrôle rebelle : l’armée malienne annonce une intensification des frappes
Parallèlement, le Front de libération de l’Azawad (FLA), allié aux djihadistes du Jnim, maintient son emprise sur la ville de Kidal, dans le nord du pays, depuis fin avril. Face à cette situation, l’armée malienne a annoncé hier une escalade des frappes aériennes sur cette zone stratégique. Kidal, autrefois bastion des forces gouvernementales, est désormais sous contrôle rebelle, avec des rapports faisant état de la capture d’environ 200 militaires maliens par les séparatistes.
Une habitante de la ville, jointe par téléphone malgré les coupures fréquentes, décrit un quotidien marqué par « l’obscurité permanente et l’isolement total ». Les communications téléphoniques restent extrêmement difficiles, voire impossibles avec certaines localités du nord. La méfiance s’installe parmi les civils, pris en étau entre les différentes factions en présence.
Le centre du Mali sous l’emprise des djihadistes
Plus au sud, dans les régions de Ségou et de Koulikoro, les groupes armés étendent leur influence. Selon des sources locales, plusieurs villages riverains du fleuve Niger, notamment sur la rive gauche, sont désormais sous contrôle djihadiste. « Les autorités administratives ont déserté ces zones, laissant le champ libre aux insurgés », explique un observateur basé dans la région. Ces derniers imposent des taxes religieuses (zakat) et ferment systématiquement les établissements scolaires. Fin janvier, un rapport révélait que plus de 2 300 écoles étaient fermées dans tout le pays, avec une concentration alarmante dans les zones centrales et septentrionales.
Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialisé dans les dynamiques djihadistes au Sahel, analyse la situation actuelle comme une phase de « réorganisation et de réarmement » des forces en présence. « L’armée malienne semble se préparer à une contre-offensive majeure, tandis que le Jnim et le FLA observent, prêts à riposter. Entre ces deux camps, ce sont les populations civiles qui paient le prix fort des exactions commises par l’une ou l’autre des parties », déclare-t-il.
Vers une solution politique ?
Face à l’aggravation de la crise, plusieurs voix s’élèvent pour plaider en faveur d’un dialogue national. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, estime que « le gouvernement malien doit impérativement s’ouvrir à une négociation inclusive pour sortir de cette impasse ». « La crise actuelle dépasse le cadre sécuritaire : c’est avant tout une crise politique qui nécessite une réponse globale. Le pouvoir en place doit montrer sa volonté de rassembler toutes les composantes de la société malienne autour d’une table », insiste-t-il.
Abdoulaye Sounaye, directeur de recherche au Leibniz-Zentrum Moderner Orient à Berlin, partage cette analyse. Pour lui, « les forces en présence seront tôt ou tard contraintes de s’asseoir à la table des négociations pour trouver un compromis durable ». Une prédiction qui s’appuie sur l’histoire récente du pays, où les cycles de violence ont souvent conduit à des accords de paix, malgré les réticences initiales des gouvernements.
« Le refus officiel de négocier avec le Jnim et le FLA — qualifiés de groupes terroristes par Bamako — n’a pas empêché des discussions secrètes de s’engager pour assurer l’approvisionnement en carburant du pays. Cette réalité montre que, malgré les postures, le dialogue reste parfois la seule issue viable », conclut-t-il.