Biashara afrika 2026 : un incident à l’aéroport de Lomé révèle les limites de l’intégration africaine
Biashara Afrika 2026 : quand un passeport africain bloque l’ambition panafricaine à Lomé
Lomé a servi de décor à une scène symbolique lors de l’ouverture du forum Biashara Afrika 2026, troisième édition de ce rassemblement économique continental. Alors que les discours sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et le marché unique de 1,4 milliard de consommateurs résonnaient dans les couloirs du forum, deux investisseurs nigérian et ghanéen ont vécu une expérience bien éloignée des promesses panafricaines. Leur crime ? Arriver au Togo avec un simple passeport de la CEDEAO, pourtant censé garantir la libre circulation depuis près de six décennies.
L’humiliation des frontières : quand l’Afrique ferme ses portes à l’Afrique
Le récit de la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Dr Jumoke Oduwole, a jeté un froid dans l’assistance. Ces deux hommes d’affaires, fraîchement débarqués d’Europe, se sont vu refuser l’accès au territoire togolais malgré leurs passeports nationaux. Une situation ubuesque qui a forcé l’un d’eux, spécialiste des services financiers, à brandir un passeport européen pour obtenir un visa de 24 heures. Une ironie lourde de sens : pour être accueilli en Afrique, mieux vaut arborer un passeport européen qu’un passeport africain.
« Imaginez un instant qu’un Européen doive solliciter un visa sur un passeport africain pour entrer dans l’Union européenne. Ce scénario est impensable. Pourtant, c’est ce que nous vivons aujourd’hui au sein même de notre continent. »
Ce double standard soulève une question cruciale : les règles de la ZLECAf s’appliquent-elles différemment selon que l’on soit investisseur ou citoyen ordinaire ? La réponse, hélas, se lit dans les pratiques administratives qui persistent à freiner l’intégration.
Le Togo face à son miroir : l’échec d’un hub logistique sous les projecteurs
Se présentant comme un pôle logistique et financier régional, le Togo a offert un spectacle bien éloigné de cette ambition. Les visas imposés aux voisins africains envoient un message clair aux investisseurs : l’Afrique reste un continent de frontières, malgré les discours sur la libre circulation. Un Africain entre plus vite à Lomé avec un passeport européen qu’avec un passeport de la CEDEAO. La bureaucratie a-t-elle donc raison de la politique ?
48 heures pour sauver la réputation du pays et du forum
Face à l’ampleur du scandale, le président togolais Faure Gnassingbé a choisi la fermeté. Sans attendre les habituels rapports ou commissions d’enquête, il a lancé un ultimatum sans appel à son ministre de la Sécurité : résoudre cette anomaly sous 48 heures. Une décision qui tranche avec les lenteurs administratives habituelles et qui place le Togo sous les projecteurs des observateurs continentaux jusqu’à la clôture du forum.
Ce compte à rebours rappelle une évidence : Biashara Afrika 2026 s’était fixé pour objectif de lever les barrières non tarifaires qui étouffent le commerce intra-africain. L’incident de Lomé a au moins le mérite de rappeler qu’un projet d’envergure peut se jouer sur un simple tampon mal apposé.
ZLECAf : une intégration africaine en quête de cohérence
Les réactions des participants au forum n’ont pas manqué de souligner l’absurdité de la situation. Un économiste ivoirien a résumé l’enjeu : « Sans libre circulation des personnes, la ZLECAf n’est qu’une coquille vide. » Un entrepreneur ghanéen a renchéri : « Si un passeport européen est indispensable pour investir en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un slogan. »
Au-delà de l’anecdote, cette affaire met en lumière les contradictions qui minent l’intégration africaine. Avec un marché unique promettant 3 400 milliards de dollars de PIB cumulé, l’Afrique ne peut plus se permettre de saboter ses propres ambitions par des pratiques administratives désuètes. Les prochaines étapes sont claires : harmoniser les règles de visas, digitaliser les procédures frontalières et, surtout, aligner les actes sur les discours. Car à Lomé, l’Afrique a appris à ses dépens qu’un simple tampon peut coûter des millions en investissements perdus.