Bénin et Togo : une alliance énergétique pour briser la dépendance
Le Bénin et le Togo font face à une dépendance énergétique devenue intenable. Face aux crises récurrentes des réseaux d’approvisionnement, les deux pays unissent leurs forces pour construire une souveraineté électrique durable et sécuriser leur essor industriel.
Récemment, l’incendie de la sous-station d’Akosombo au Ghana a privé la région de 1 000 mégawatts, privant immédiatement le Togo et le Bénin de leurs approvisionnements. Cet incident illustre une fois de plus les risques d’une dépendance aux fournisseurs extérieurs, surtout en période de crise où chaque État priorise ses propres besoins.
Déjà en 2024, les défaillances du Gazoduc ouest-africain avaient contraint le Togo à mobiliser 31 milliards de FCFA en urgence pour pallier le manque de gaz nigérian. Ces vulnérabilités partagées révèlent les limites d’une Communauté Électrique du Bénin (CEB) créée en 1968, mais cantonnée à un rôle de transporteur sans capacité de production autonome.
Adjarala : le projet phare pour une autonomie énergétique
L’urgence n’est plus seulement technique, elle est désormais politique. La solution réside dans le barrage d’Adjarala sur le fleuve Mono. Ce projet, estimé à 266 milliards de FCFA pour une puissance de 147 mégawatts, offre une électricité prévisible sur trente ans et une irrigation de 14 700 hectares de terres agricoles au Togo. Un investissement vital pour soutenir les zones industrielles des deux pays, comme la zone économique de Glo-Djigbé au Bénin, qui mise sur la transformation du coton et du cajou, ou encore la plateforme d’Adétikopé au Togo.
Financer l’ambition par l’épargne locale
Avec le retrait des bailleurs internationaux du financement des énergies fossiles, le Bénin et le Togo misent sur une mobilisation inédite de l’épargne locale. Les Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et les compagnies d’assurances, disposant de réserves importantes, pourraient être sollicitées pour financer des obligations énergétiques communes. Ces titres, garantis par les deux États, permettraient de transformer l’épargne sociale en un levier d’infrastructures régionales.
Un tournant politique pour une alliance historique
La visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé en juin 2026 marque un tournant décisif. Le communiqué conjoint souligne les complémentarités économiques et les infrastructures interconnectées. Les deux dirigeants partagent une vision commune : le Bénin prévoit d’injecter 100 mégawatts tous les deux ans, tandis que le Togo vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Cette dynamique politique offre une opportunité unique de concrétiser enfin une autonomie énergétique commune.