Alerte droits humains au Burkina Faso : disparition des militants Lankoandé et Sawadogo

disparition forcée de deux figures majeures de la société civile au Burkina Faso

appel urgent – dans la nuit du 20 au 21 mars 2025, deux militants de premier plan du mouvement « Balai citoyen » au Burkina Faso ont été victimes de disparitions forcées. Miphal Ousmane Lankoandé, sociologue et secrétaire exécutif du mouvement, et Amadou Sawadogo, cadre régional, ont été enlevés dans des circonstances troubles. Leurs familles et leurs collègues restent sans nouvelles depuis plusieurs semaines.

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains (FIDH-OMCT) alerte la communauté internationale sur cette situation alarmante et exige des autorités burkinabè des réponses immédiates.


chronologie des événements et contexte des disparitions

Le 20 mars 2025, Amadou Sawadogo a été convoqué au service régional de la sûreté de l’État à Ouagadougou. Lors de cet interrogatoire, il a été contraint de révéler les domiciles de deux autres militants ayant choisi la clandestinité après avoir critiqué le pouvoir militaire sur les réseaux sociaux. Le lendemain, 21 mars 2025, il a disparu après une seconde convocation au même service, sans que les autorités ne fournissent d’explications ni de localisation.

Le 30 mars 2025, vers 11h45, Miphal Ousmane Lankoandé a été enlevé devant son domicile dans le quartier Karpala à Ouagadougou. Il revenait tout juste de Cotonou (Bénin), où il avait participé à une formation en activisme. Des hommes armés se présentant comme des gendarmes l’ont intercepté devant son épouse. Malgré les démarches répétées des avocats auprès des institutions, aucune information n’a été communiquée sur son sort.

À ce jour, ni Miphal Ousmane Lankoandé ni Amadou Sawadogo n’ont donné signe de vie. Leurs familles et leurs collègues sont extrêmement inquiets quant à leur sécurité et leur bien-être.

un mouvement sous pression : le Balai citoyen dans le viseur

Fondé en 2013, le mouvement « Balai citoyen » milite pour « une société juste et intègre au sein d’un État de droit démocratique ». Depuis 2024, ses membres subissent une répression systématique :

  • Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur, a été arrêté à l’aéroport de Ouagadougou le 24 janvier 2024 en violation des règles de l’UEMOA. Il est actuellement détenu arbitrairement pour « complot et association de malfaiteurs ».
  • Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo ont été enrôlés de force dans l’armée les 20 et 21 février 2024, malgré une décision de justice suspendant leur réquisition.

Ces pratiques s’inscrivent dans un contexte plus large de répression contre les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burkina Faso. Depuis mars 2024, plusieurs journalistes ont également été enlevés : Guezouma Sanogo (AJB), Boukary Ouoba (AJB), Luc Pagbeguem (BF1), Kalifara Sere (BF1), Serges Oulon et Bayala Adama. Tous restent portés disparus.

la responsabilité des autorités militaires en question

L’Observatoire souligne que ces disparitions s’inscrivent dans une stratégie délibérée de musèlement de la société civile. Deux décrets signés en 2022 et 2023 par le Président de la Transition permettent désormais aux autorités militaires de réquisitionner toute personne âgée de plus de 18 ans jugée apte physiquement. Ces mesures ont conduit à des enlèvements ciblés et à des disparitions forcées de militants et journalistes critiques envers le régime.

En mars 2024, le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées a exprimé sa préoccupation face à ces pratiques, qualifiant certaines d’entre elles de « disparitions forcées » au sens du droit international.

L’Observatoire condamne fermement ces agissements et exige :

  • la libération immédiate et inconditionnelle de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo ;
  • la révélation de leur sort et de leur localisation ;
  • la fin des pratiques de disparition forcée et d’enrôlement forcé ;
  • le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et aux Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

agissez maintenant : interventions urgentes demandées

L’Observatoire appelle la communauté internationale à écrire aux autorités burkinabè pour exiger :

  1. la protection intégrale de Miphal Ousmane Lankoandé, Amadou Sawadogo et de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso ;
  2. la révélation immédiate de leur sort et leur libération sans conditions ;
  3. la fin des disparitions forcées et de l’enrôlement forcé des militants et journalistes ;
  4. l’arrêt de tout harcèlement judiciaire contre les défenseurs des droits humains et les journalistes ;
  5. le respect des droits à la liberté d’expression et d’association.

adresses des autorités à contacter

  • Capitaine Ibrahim Traoré, Président de la Transition du Burkina Faso
    • Twitter : @CapitaineIb22
  • Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre
    • Twitter : @J_E_Ouedraogo
  • Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice
  • Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires étrangères
  • Commission Nationale des droits humains
  • Sabine Bakyono Kanzie, Mission permanente du Burkina Faso auprès de l’ONU à Genève
  • Oumarou Ganou, Représentant permanent du Burkina Faso à l’ONU (New York)
  • Ambassade du Burkina Faso auprès de l’Union africaine (Addis-Abeba)

Nous vous invitons également à contacter les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays.

Pour informer l’Observatoire de vos actions, utilisez le code BFA 002 / 0525 / OBS 022.

Contact :
Ligne d’urgence
Email : [email protected]
Tél. FIDH : +33 1 43 55 25 18
Tél. OMCT : +41 22 809 49 39


pour aller plus loin : la répression au Burkina Faso

La situation au Burkina Faso s’inscrit dans un phénomène plus large de répression des défenseurs des droits humains en Afrique de l’Ouest. Un rapport publié en février 2025 par l’Observatoire met en lumière la convergence régionale des pratiques répressives, notamment à travers les décrets de réquisition et l’auto-censure imposée aux médias indépendants.

L’Observatoire, partenaire de la FIDH et de l’OMCT, est membre de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits humains.