Libreville — Un changement radical est en marche. Après avoir dénoncé l’ancien accord de pêche avec l’Union européenne en juin 2025, le Gabon s’apprête à relancer les négociations le 18 septembre 2026 pour redéfinir les règles du jeu. L’enjeu ? Transformer l’exploitation des ressources halieutiques en levier de croissance locale, au lieu de se contenter d’une simple redevance financière.
Le Gabon ne veut plus être un simple fournisseur de zones de pêche. Avec la fin du dernier protocole en juin 2026, Libreville mise sur cette renégociation pour imposer un modèle où chaque tonne de poisson pêchée par les navires européens génère des retombées tangibles pour son économie : emplois, infrastructures portuaires, transformation locale et souveraineté alimentaire.
Un partenariat à réinventer : l’échec du modèle précédent
Le précédent accord prévoyait une contribution annuelle de 2,6 millions d’euros de l’UE, dont 1,6 million pour l’accès aux eaux et 1 million pour le développement du secteur. Pourtant, les résultats ont été bien en deçà des attentes. Entre 2022 et 2024, les navires européens n’ont capturé en moyenne que 10 604 tonnes par an, alors que la capacité théorique était fixée à 32 000 tonnes.
Cette sous-exploitation s’explique en partie par le manque d’engagement local. Seuls 54 % des thoniers senneurs autorisés ont été effectivement utilisés, et les six licences pour les thoniers canneurs sont restées lettre morte. Pire : les captures étaient majoritairement débarquées en Côte d’Ivoire et au Sénégal, limitant à 23 % la part de valeur ajoutée captée par le Gabon, contre 47 % pour ses voisins.
Des failles structurelles à corriger
Plusieurs dysfonctionnements ont pénalisé l’efficacité du dispositif :
- Transparence limitée : le système de déclaration électronique était incomplet, générant des écarts entre les données des deux parties.
- Manque de contrôle : aucune liste officielle de marins gabonais qualifiés n’a été fournie aux armateurs européens, empêchant l’embarquement obligatoire.
- Financement inefficace : sur les 5 millions d’euros prévus pour le développement du secteur sur cinq ans, seuls 2 millions ont été versés. Les infrastructures promises restent inachevées, et les indicateurs de succès se concentraient sur des livrables plutôt que sur des résultats économiques concrets.
Pour Libreville, ces constats sont clairs : le Gabon ne peut plus se contenter d’un rôle passif dans la chaîne de valeur. La priorité est désormais de structurer un accord où l’exploitation des ressources profite首先 aux Gabonais, que ce soit par le biais d’emplois, de débarquements, de transformation ou d’investissements dans les ports.
Le Gabon mise sur la souveraineté halieutique
La nouvelle négociation devra répondre à trois défis majeurs :
- Optimiser les quotas de pêche : revoir le nombre de licences attribuées aux senneurs et canneurs pour éviter le gaspillage des ressources.
- Renforcer les débarquements locaux : imposer des quotas minimaux de transbordement et de transformation au Gabon, avec des sanctions en cas de non-respect.
- Développer une industrie locale : conditionner une partie de la contribution financière européenne au renforcement des infrastructures portuaires, de la formation des pêcheurs et de la valorisation des prises.
L’objectif est ambitieux : faire du Gabon un acteur central de la pêche thonière en Afrique centrale, non plus comme simple fournisseur d’eau, mais comme hub industriel et économique. Pour y parvenir, Libreville devra négocier âprement chaque clause, en s’appuyant sur des données transparentes et des évaluations indépendantes.
Un accord mesurable ou rien : la nouvelle exigence gabonaise
Le Gabon exige désormais que le futur partenariat soit évalué sur des critères objectifs :
- Un nombre précis de tonnes débarquées et transformées localement.
- Un pourcentage minimal d’emplois gabonais à bord des navires européens.
- Des investissements ciblés dans les ports (Port-Gentil, Owendo), avec des indicateurs de performance clairs.
- Une contribution financière liée aux résultats, et non plus à des droits théoriques.
Cette approche marque un tournant : elle transforme la pêche d’une simple source de revenus en un levier de développement durable. Pour l’UE, cela signifie renoncer à un modèle basé sur l’exploitation passive au profit d’une coopération gagnant-gagnant, où la valeur se crée sur place.
In fine, le Gabon ne cherche plus à simplement renégocier un accord. Il veut établir un nouveau contrat social avec l’Europe, où la pêche devient un symbole de sa souveraineté économique. La balle est désormais dans le camp des négociateurs, mais une chose est sûre : le Gabon ne compte plus être un simple spectateur de sa propre richesse.

